Héroïsme et my(s)thification

Quelques réflexions critiques autour du soutien à Christophe Dettinger et plus largement sur le mouvement des Gilets jaunes.

Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, pas mal de débats, voire de disputes, ont éclaté entre individus et composantes idéologiques de ce que les médias désignent généralement comme l’ « ultra-gauche » [1]. Suite à l’acte VIII et la polémique nationale autour de la cagnotte en soutien au « boxeur de CRS », plusieurs textes parus ces derniers jours sur Paris-luttes et le texte de l’Action Antifasciste Nord-Pas-deCalais (et partagé tel quel par l’AFÀ Paris-Banlieue) en réponse aux critiques qui lui sont adressées ont relancé les accrochages. Notons qu’en l’absence d’assemblées générales régulières (qu’on considère cela comme positif ou négatif), les échanges se font surtout sur les réseaux sociaux.

Ce qui a gêné, d’emblée, c’est la glorification de l’acte en lui-même, sans chercher à comprendre quelles étaient les motivations de l’auteur. Cela a largement continué dans l’imaginaire des tags posés hier (acte IX), qui reprenaient allègrement le mythe du « héros » casseur de poulets, parfois jusqu’à la dérision memique. Soyons honnêtes, la plupart d’entre nous baignons plus ou moins dans le culture dite « riot porn ». La police est chargée de protéger l’ordre présent du monde, et nous voulons le défaire. Nos forces sont réduites, alors que l’exploitation salariale, les dominations sexiste, raciste, spéciste, validiste, hétéro (etc.) sont banales, parce qu’institutionnalisées et surtout profondément ancrées dans les mœurs. Le fascisme gagne du terrain chaque jour, alors que la planète commence à cramer sérieusement. Le désespoir est de mise pour toute personne un peu lucide devant la situation. Alors voir des flics qui prennent cher, il est certain que ça apaise au premier abord.

Mais la fascination qu’exerce la violence spectaculaire sur les militant.e.s pose ici problème. Ce n’est pas la violence d’une action qui détermine sa radicalité. Ca a été répété pas mal de fois, « Tout ce qui bouge n’est pas rouge », qu’on aime cette couleur, qu’on lui préfère le noir ou qu’on mélange les deux. Dès le début du mouvement, des groupes de « l’ultra-droite » sont justement venus faire le coup de poing dans les manifs. À Paris, on a pu voir les Zouaves, les royalistes, d’autres nationalistes et ex-gudards dans la mélée, à exécuter les gestes qu’on réservait, à tort, à « l’ultragauche ». Le sens que les personnes donnent à leurs actes prime, avant le degré de violence employée. La preuve, c’est que les Zouaves se sont aussi fendus d’un soutien au boxeur, avec un « Patate de forrain » (chanson du rappeur Seth Gueko) qu’on retrouvera aussi sur une banderole d’un cortège de tête hier.

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Notes

[1Les médias parlent souvent « d’ultra gauche » pour désigner tous ceux qui ne se résignent pas à l’électoralisme et/ou au légalisme. Le terme recouvre bien mal l’immense constellation de parcours, de pratiques, de projets, de lignes, de fuites et d’armes qui font les « révolutionnaires » contemporain.nes et leurs groupements éphémères et toujours changeants. Il ne permet pas de comprendre que chacun.e évolue toujours au fil de ses expériences, naviguant entre des « courants idéologiques » qui n’existent que pour offrir une grille de lecture simplifiée à celleux qui cherchent à se repérer dans ce petit milieu et à celleux qui les étudient (flics, juges, journalistes, politiques, universitaires, écrivains, etc).

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