Enquête sur la françafrique – La guerre du Cameroun

Une enquête historique sur les pays « françafricains ». Pour remonter aux origines de la « françafrique », il faut étudier le Cameroun. Plusieurs semaines de travail ont été nécessaire pour réaliser ce début d’enquête sur le système françafricain. Il est important pour lutter contre le néo-colonialisme de comprendre son origine, son système si singulier.

I. Analyse

En 1885 le traité de Berlin partage l’Afrique, les Allemands s’imposent sur la côte ouest, ils avaient auparavant, en 1884, signé un accord de protectorat avec le roi Douala. Les Allemands lui donnent pour nom « Kamerun », qui vient de Camarões, ce qui signifie crevette, car la région en était très riche au temps où les Portugais ont découvert ce territoire en 1471.

En 1911 survient le « coup d’Agadir », les Allemands étendent le territoire du Kamerun de 272.000 KM² en incorporant d’anciens territoires de l’AEF (Afrique Équatoriale Française). En 1916, Français et Britanniques prennent le contrôle du territoire et en 1919 le traité de Versailles avalise cet état de fait.

En 1945, avec l’émergence de l’Union Soviétique, les États-Unis et sa surpuissance, le monde est chamboulé. La France, face à ces changements est obligée pour maintenir sa domination en Afrique de faire des concessions aux pays colonisés. Angleterre et France en tête, parviennent toutefois à sauvegarder l’essentiel de leurs intérêts. La charte des Nations Unies, signée le 26 juin 1945 à San-Francisco, valide la persistance de « territoires non-autonomes ».

Avec le chamboulement de 1945, les colons lâchent des concessions dont le droit de grève, on assiste à la naissance du syndicalisme. Dès septembre 1945 éclate une grève des cheminots de Bonaberi qui tourne à l’émeute suite à des coups de feu des colons. Le gouverneur Français arme les colons et donne des instructions à l’armée, notamment à l’aviation mais aussi à des mitrailleuses montées sur camion au sol, de faire feu sur les Camerounais.e.s aux heures du couvre-feu.

Le 10 avril 1948, douze personnes se réunissent dans un café à Douala, elles vont créer sans le savoir, un mouvement politique qui structurera la vie politique pendant des décennies, l’UPC (Union des Populations du Cameroun). Il s’agit à la base d’un mouvement qui n’a rien de radical, il demande simplement que les colons fassent ce qu’ils leur ont promis.

De 1948 à 1950, l’UPC passe d’une centaine de membres à 7000 ! Le mouvement se structure, devient puissant et inquiète les autorités coloniales. Cinq ans après le mouvement compte 20.000 membres selon la police française elle-même.

En 1952 l’UDEFEC (Union démocratique des femmes Camerounaises) est créée, il s’agit d’une structure féministe.

En 1954, la JDC (Jeunesse démocratique du Cameroun) est créée, il s’agit d’une structure de jeunesse.

Ce qui en 1948 n’était qu’une épine dans le pied de la France devient une gangrène pour l’administration coloniale. Cette dernière redoute que l’UPC « emporte le Cameroun » et que le mouvement ne fasse des émules dans les autres colonies.

Dans le même temps, l’UPC est accusée de communisme pour tenter de la discréditer. Cela paraît surprenant aujourd’hui mais en plein contexte de la guerre froide, cela était très mal vu.

Les militant.e.s les plus influent.e.s sont intimidé.e.s. Le pouvoir colonial est désemparé face à ce mouvement légaliste, qui s’appuie sur le Droit international. Corruptions et intimidations permettent à l’administration coloniale française de retourner des « Upécistes » et surtout de faire émerger une myriade de partis politiques favorables aux intérêts français. Ex : ESOCAM, RPC, INDECAM…

Dès 1950, F. Mitterand alors ministre de la France d’Outre-Mer, reçoit dans son bureau Félix Houphouët-Boigny et lui explique qu’il va doubler les troupes en Afrique et qu’il le tiendrait pour personnellement responsable si des troubles avaient lieu. Il lui explique également qu’il n’acceptera pas que les revendications humaines, sociales et économiques prennent un caractère politique.

C’est en 1955 que le chef de subdivision d’Eseka demande à ce qu’on interdise l’UPC, que le pouvoir colonial frappe. « Les moyens démocratiques de lutte contre l’UPC sont voués à l’échec ». C’est d’ailleurs dans cette optique qu’avait été envoyé par Paris, Roland Pré (voir fiche), dès décembre 1954, car c’était « un homme de poigne ». Dès son arrivée il annonce clairement son intention « d’écraser les activités communistes pour défendre la civilisation ».

Le 22 avril 1955, l’UPC, l’UDEFEC et les JDC publient une Proclamation réclamant l’indépendance immédiate du Cameroun. Ils font cela car ils ont peur que les réformes institutionnelles ne les prennent de court, en diluant et en dupant les Camerounais.e.s. Roland Pré interprète cela comme une preuve que l’UPC est une organisation subversive.

A la mi-mai 1955, de violentes émeutes éclatent. Elles sont la conséquence de l’insatisfaction des colonisé.e.s, des provocations continuelles de l’administration coloniale et du harcèlement dont sont la cible les milieux contestataires. Le bilan est de 50 mort.e.s, 150 blessé.e.s et plus de 800 militant.e.s raflé.e.s et systématiquement bastonné.e.s.

Le 13 juillet 1955 l’UPC est officiellement illégale.

Pierre Mesmer prend le relais de R. Pré en avril 1956, son objectif est de donner au nationalisme camerounais une forme acceptable pour Paris. En décembre de cette même année, réduit.e.s à la clandestinité, les membres de l’UPC se résolvent à passer à la lutte armée. Ils provoquent d’importants dégâts matériels et l’élection piège est annulée. Paris répond à cela par une répression très forte, appuyée par des mercenaires locaux et des troupes subsahariennes. Des villages sont pillés, brûlés, les habitant.e.s sont assassiné.e.s par des troupes qui, quand elles débarquent dans un village, ouvre le feu sur les premier.e.s venu.e.s, enfants compris !

En 1957 il y a deux Cameroun, l’un officiel et l’autre, le Kamerun, clandestin. Malgré le faible armement à leur disposition, ils arrivent à mener des actions contre l’ennemi et ses collaborateurs. Les décisions de mission sont prises par des tribunaux populaires clandestins.

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