[Calvados] Retour sur la tentative d’ouverture d’un squat pour abriter les migrants à Ouistreham

Retour sur la tentative d’ouverture d’un squat pour abriter les migrants à Ouistreham, son évacuation par la gendarmerie et la situation locale des migrants.

L’action :

Le samedi 9 décembre 2017, à l’initiative de l’Assemblée Générale Contre Toutes les Expulsions de Caen, a eu lieu une action collective destinée à officialiser publiquement et pacifiquement l’occupation de locaux vides d’un centre de loisirs désaffecté à Ouistreham.

Ces bâtiments, appartenant à la mairie de Ouistreham, sont en grande partie inutilisés, hormis 2 petits bureaux attribués à deux associations locales et une salle mise occasionnellement à disposition pour des fêtes privées. L’objectif de l’action était d’occuper les parties vides de ce petit centre pour y abriter les migrants en détresse localement.

Environ 60 personnes solidaires, provenant de Caen et de Ouistreham, ont participé à cette action ou l’ont rejointe une fois qu’elle a été rendue publique. Les bâtiments vides visés avaient été discrètement occupés au préalable par quelques militant-e-s, les traces d’occupation étaient visibles et une facture de livraison alimentaire attestait d’une présence sur place depuis plus de 48H. Dans ces conditions, normalement, une procédure auprès d’un tribunal compétent aurait été nécessaire avant de pouvoir procéder à une expulsion.

L’évacuation :

La préfecture et la municipalité, s’asseyant sur la légalité qu’elles prétendent incarner, en ont décidé autrement. Très vite, d’importantes forces de gendarmerie ont bouclé le périmètre pour empêcher des personnes solidaires et plusieurs dizaines de migrants de rejoindre les lieux. Vers 20 heures, trois heures après le début de l’action d’officialisation du squat, des dizaines de gendarmes sont intervenus pour évacuer les militant-e-s et personnes solidaires.

Cette évacuation s’est déroulée sans violence, la préfecture, visiblement gênée par l’action et sa médiatisation, ayant donné à ses troupes des consignes de modération.

Les militant-e-s et personnes solidaires, regroupé-e-s en bloc et faisant la chaîne, ont collectivement refusé d’être sorti-e-s un par un du périmètre car il était clair que la gendarmerie espérait filmer, contrôler et fouiller individuellement les participant-e-s à l’action. Elle espérait peut être aussi interpeller quelques têtes connues engagées dans la solidarité avec les migrant-e-s et sur d’autres fronts de la lutte sociale.

Devant ce refus ferme et collectif d’être contrôlés, les responsables du dispositif de gendarmerie ont rapidement renoncé à leurs exigences inquisitoriales et c’est groupé-e-s, au son du slogan « Solidarité avec les migrants », entouré-e-s de près par des dizaines de gendarmes que nous avons lentement été repoussé-e-s hors du périmètre de bouclage de la gendarmerie. Il a ensuite été possible de récupérer nos véhicules et de repartir en convoi vers nos foyers.

La situation dramatique des migrants à Ouistreham :

Un peu d’histoire et quelques chiffres pour commencer :
Depuis l’évacuation de la pseudo-« jungle » de Calais par les autorités, fin 2015, Caen et Ouistreham connaissent une arrivée limitée de migrant-e-s qui cherchent à passer en Angleterre pour y demander l’asile, y retrouver de la famille, y construire une vie qu’ils espèrent meilleure.

En 2016, ce sont surtout des iraniens et des afghans qui sont venus. Leur nombre est progressivement monté à environ 150. Ils trouvèrent refuge sur Caen, à une quinzaine de kilomètres de Ouistreham, dans un vaste entrepôt désaffecté de la presqu’île de Caen, l’ancienne zone portuaire industrielle de la ville. Ils montaient pour quelques jours sur Ouistreham pour essayer d’embarquer clandestinement sur les ferries avant de venir se reposer et s’alimenter à Caen ou bien ils faisaient quotidiennement l’aller-retour à pied ou a vélo. Cette première vaguelette de migrants s’est progressivement dispersée au cours de l’année 2016. Ou ils ont réussi à passer ou ils ont fini par partir tenter le passage ailleurs.

Fin 2016, les premières dizaines de soudanais ont commencé à arriver à Caen. Ils vivaient d’abord sous des bâches près d’une usine à l’entrée de la presqu’île. Vu leur situation de dénuement total et l’augmentation, lente mais régulière, de leur nombre, l’AG de Lutte Contre Toutes Les Expulsions de Caen leur a ouvert un squat dans des bâtiments abandonnés de la presqu’île.

Comme les iraniens et les afghans avant eux, ils montaient pour quelques jours sur Ouistreham avant de retourner se reposer à Caen ou bien ils faisaient quotidiennement la navette entre Caen et la côte. Leur nombre est progressivement monté à environ 120 personnes.

À la rentrée 2017, le principal squat des soudanais à Caen a brûlé. Certains d’entre eux en ont ouvert de nouveaux dans des entrepôts délabrés de la presqu’île et l’AG a ouvert un squat pour eux dans un petit immeuble à Mondeville et d’autres sont partis de manière permanente sur Ouistreham où quelques groupes épars de soudanais, provenant d’autres endroits, sont également arrivés peu après.

Il y a aujourd’hui environ un peu plus de 70 soudanais dans les squats caennais dont quelques dizaines effectuent des rotations régulières entre Caen et Ouistreham. À Ouistreham même, ils sont environ 70 à y rester de manière permanente. Le nombre total de soudanais entre Caen et Ouistreham est donc au maximum d’environ 150 personnes et, en fonction des allers et venues depuis les squats caennais, leur nombre fluctue, en général, à Ouistreham même, entre 60 et 90 personnes.

Si nous expliquons tout ça, c’est pour démonter le mythe, véhiculé par la préfecture et la mairie, d’« un afflux massif de migrants », d’un fantasmatique « appel d’air ». La seule nouveauté, c’est qu’au lieu d’être principalement hébergés sur des squats caennais, une grosse soixantaine d’entre eux restent en permanence sur Ouistreham, nuit et jour.

Un point important : des dizaines de ces soudanais ont des visages d’adolescents et pour cause, ce sont des mineurs isolés

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