2e édition du colloque « Penser l’émancipation »

Du 19 au 22 février, se tiendra la 2e édition de « Penser l’émancipation » à la fac de Nanterre. Ces journées rassemblent un grand nombre de chercheurs et se veut un espace de réflexion et de discussion autour des élaborations théoriques et des pratiques sociales qui mettent en jeu l’émancipation.

Le programme du colloque est ici.

Ces dernières années, le monde capitaliste a traversé des bouleversements dont il est encore difficile d’estimer l’ampleur. Au rythme des effondrements financiers, des occupations de places, des révoltes et insurrections, les mécanismes de domination sociale et politique sont contraints de se transformer – et tentent de s’imposer avec plus de férocité encore. Les forces de transformation sociale doivent penser la nouveauté des défis contemporains et l’urgence d’une réponse politique en vue de l’émancipation humaine.

Face à une crise d’une gravité sans précédent, les classes dominantes s’efforcent d’intensifier l’exploitation du travail humain et des ressources naturelles, mais aussi de développer des mécanismes de prédation et d’oppression en partie nouveaux, qui, dans les pays du Sud, se traduisent par la réémergence de modalités de domination de type quasiment colonial, y compris sur le plan militaire.

Ce colloque s’inspire en partie d’événements comme le Left-Forum nord-américain ou les congrès de la revue Historical Materialism qui réunissent annuellement des centaines de penseurs et chercheurs universitaires, mais aussi une part assez importante de collectifs militants et groupes politiques (surtout au left-forum). Cet événement serait, dans ses intentions, quelque part entre un forum social mondial et des journées d’études universitaires de théories critiques du capitalisme :

Notre réseau réunit des chercheurs et chercheuses, des éditeurs et éditrices, des acteurs et actrices du mouvement social, qui entendent contribuer à développer dans le monde francophone, un espace de réflexion et de discussion ouvert et respectueux des différences, sans pour autant se départir du débat et de la confrontation. Il s’agit pour nous de permettre aux recherches et élaborations théoriques, comme aux pratiques sociales, de participer à l’émergence d’une politique d’émancipation riche, exigeante, et à même de répondre aux défis du temps présent.

L’édition précédente avait eu lieu à Lausanne en 2012 et le site de l’événement contient la quasi totalité des interventions en vidéo. Quelques exemples en vrac :
*-* Zahra Ali Penser l’émancipation par le religieux : des féminismes islamiques.
*Alain Bihr La critique du fétichisme de la valeur comme fil rouge du Capital.
*Anne Clerval La gentrification ou la dépossession des classes populaires. Le cas de Paris.
*Enrique Dussel Plénière : Théologie métaphorique de Marx
*Razmig Keucheyan et Cédric Durand Un césarisme bureaucratique : Une interprétation gramscienne de la crise de l’Europe.

Celle de 2014 a pour thème « Les Communs » (qui en-dehors des limites françaises font l’objet de beaucoup d’écrits, de discussions et de revendications) [1]

 :

Le retour en force de questions liées aux communs – dans leurs dimensions historiques, environnementales, sociales, économiques, politiques, juridiques, culturelles, etc. – demande une attention particulière. Par communs, on peut entendre à la fois la préservation et le partage égalitaire du monde matériel, de la production sociale et de ses conditions, des histoires et des cultures humaines, ainsi que du pouvoir d’agir et de transformer la société. A l’ère du capitalisme global, de la financiarisation, de la privatisation et de l’accumulation par dépossession qui exploitent, démantèlent et occultent ces communs, les enjeux liés à leur préservation, à leur production, à leur distribution et à leurs usages deviennent cruciaux. La centralité de tels enjeux nécessite de renouveler la réflexion sur les stratégies et expérimentations, les théories et pratiques de l’émancipation passées et en cours, souvent isolées en fonction de leurs enjeux et lieux spécifiques.

Le programme du colloque est ici. Il y a des ateliers toute la journée (de 9h à 19h) dans différentes salles, et des plénières dans de plus grands amphis. C’est un des colloques les plus grands qu’il y ait eu à Paris depuis longtemps. Il rassemble des courants théoriques assez différents, et des thèmes et des personnes d’un peu partout dans le monde (ce qui fait très souvent défaut en France).

On trouve beaucoup d’interventions autour des nouvelles formes d’impérialisme, des rapports post-coloniaux, d’autres autour du marxisme, de la crise, des transformations du travail et du capitalisme ou encore sur les rapports sociaux de genre et de sexe [2]

Il y a de quoi saisir une bonne partie de ce qui est pensé et discuté dans les universités aujourd’hui, et sans doute plus largement. L’événement est préparé depuis plus d’un an et les organisateurs ont pour but d’en faire d’autres par la suite.

Au programme, certains ateliers reprennent des interrogations marxistes révolutionnaires autour de l’organisation (un atelier sur Parti et politique d’émancipation ) en replongeant dans des événements passés (un atelier aux marges du bolchévisme ou d’autres sur la révolution française) ou dans les conditions présentes avec un atelier luttes de classes et contrôle ouvrier contemporains : les prolétariats du XXIe siècle :

  • Emmanuel Barot :figure de l’auto-organisation et conscience de classe
  • Thomas Posado : contrôle ouvrier et contrôle gouvernemental : le rôle de l’état dans la gestion ouvrière à partir du cas du Venezuela de Chavez
  • Jean-Baptiste Thomas : Une usine sans patron ? Zanon et les usines récupérées en
    Argentine.

Certains ateliers semblent être des enquêtes ou des précisions sur la lutte des classes aujourd’hui : les classes dans la Chine contemporaine, enquête sur la condition ouvrière. Beaucoup des interventions sont centrées sur le travail et les formes d’oppression et de résistances : finance et dépossession, renouveaux du syndicalisme et les luttes aux marges du salariat. .

Un tel colloque pourrait être l’occasion de partager des questions et des précisions sur des luttes et des rapports de force ailleurs dans le monde. Il y a d’ailleurs beaucoup d’ateliers sur le Moyen et Proche-Orient, et sur les suites des printemps arabes.

On peut souhaiter que ces 4 jours soient un moment qui déborde le strict cadre universitaire.

Note

Site du colloque « Penser l’émanicpation » ici

A lire aussi un autre article qui propose un éclairage différent sur le colloque :
Infos et critique sur la rencontre « Penser l’émancipation »

Notes

[1Notamment dans la revue The Commoner ou chez commonotions, ou encore avec les travaux de Siliva Federici dont « Caliban et la sorcière » paraît bientôt en français.

[2Selma James fait par exemple partie du panel de la plénière « au-delà du patriarcat ». Quasiment aucun de ses textes ne sont disponibles en français.

Localisation : Nanterre

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