Vous ne ferez pas un nouveau 5 mai 1988.

Depuis peu, la Guyane est prise dans un mouvement social de grande ampleur et aux revendications ambitieuses. De tous bords, les réactions néo-coloniales des hommes et femmes politiques contrastent avec les aspirations exprimées par les Guyanais.e.s.

Que les Guyannais.e.s se soulèvent, et voilà la classe politicienne qui ne sait plus que faire. Ne l’a-t-on pas entendue, à l’instar de quelque Mélenchon saisissant cette occasion de louer une patrie en pleine putréfaction, s’émouvoir enfin des conditions de vie en Guyane ? « La Guyane, c’est la France ! » a-t-on pu lire sur le Twitter de l’autoproclamé Tribun le 25 mars.

Étrange période que celle d’une élection présidentielle.

Ce n’est pas la première fois qu’une colonie française s’exprime par la sédition – et gloire à celles et ceux des nôtres qui par le passé en ont eu le courage. De l’Algérie à l’Indochine, du Sénégal à la Nouvelle-Calédonie : l’Etat français – raciste et colonial, au cours du XXème siècle, a du faire face à des révoltes sans précédent dans son histoire. Les peuples qu’il a colonisés, et envoyés sans réserve mourir sur les fronts des conflits qu’il causait, se sont tous soulevés pour leur indépendance. Certains ont réussi. D’autres non. De tous ces soulèvements, il y a comme racine commune la colère et le désespoir. Le refus catégorique du diktat de la métropole, d’un colonialisme arriéré, et en arrière-plan une critique intransigeante de l’organisation du travail et du capitalisme outrancier. Et tous ces peuples insurgés, à l’encontre desquels on pourrait émettre telle ou telle critique – tant sont -elles sur le plan stratégique comme sur le plan idéologique – oui ces peuples se sont confrontés à un État qui n’avait nullement l’intention de les affranchir du joug qui était le sien.

Les manifestations de ce refus sont multiples. Aussi, avec toute l’ironie dont l’Histoire s’est faite la spécialiste, entend-on en 1954, alors que la guerre d’indépendance de l’Algérie se profile, François Mitterrand déclarer avec force : « L’Algérie, c’est la France ! ».

L’Histoire, malicieuse comme elle est, ne pouvait en rester là. Faisons un saut dans le temps. Allons en 1988. Mitterrand est alors Président de la République, et la Nouvelle-Calédonie une colonie française depuis 1853. Depuis plusieurs années, la tension monte. Le peuple kanak, établi depuis des siècles en Nouvelle-Calédonie, réclame son indépendance et sa validation au travers d’un référendum. Trop loin des caméras métropolitaines, qui sont trop occupées par la Présidentielle de cette année-là, le Front National de Libération Kanak et Socialiste (FLNKS) décide de prendre en otage des gendarmes afin de réclamer ledit référendum. Le 5 mai 1988, l’assaut est commandé contre la grotte d’Ouvéa où sont retranchés les derniers hommes du FLNKS.

Avec la Guyane, qui aujourd’hui se soulève peu à peu, vous ne ferez pas un nouveau 5 mai 1988. Vous ne le ferez pas, car vous ne le pourrez pas. Si la Guyane c’est la France, c’est précisément ce lien défectueux qu’il est question de rompre aujourd’hui. Et vous ne pourrez en aucune façon les exécuter loin de vos caméras, lesquelles par habitude vous préférez pointer sur quelques corrompu.e.s faussement repenti.e.s. Vos appels au calme ne provoqueront que toujours plus de colère. Et c’est là pour nous la meilleure des nouvelles.

Refuser la mascarade présidentielle, le jeu électoral et la domination de l’Etat et du Capital sur nos vies, c’est soutenir malgré nos possibles réserves ce qui s’annonce comme une insurrection guyanaise. Il en va de la cohérence de nos actes que de soutenir l’autodétermination d’un peuple dont l’Etat que nous combattons au quotidien est le tortionnaire. Mais aussi, il est important de chercher d’autres discours que ceux des 500 Frères, purement militaristes et réactionnaires. Il s’agit de faire entendre la voix autonome qui s’élève forcément dans la pluralité des discours guyanais.

De nos quartiers à la Guyane, de NDDL à La Chapelle, de l’enseignement au travail, la Présidentielle cristallise toutes les colères à l’encontre de l’Etat.
Combattons-le tou.te.s ensemble !

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