Vivre la commune – Vivre la révolte

Pour que le slogan « continuons le début » n’en reste pas au stade embryonnaire et qu’aucun d’entre nous ne retourne à la vie qu’il menait avant, nous avons établi, à quelques-uns, une liste d’idées, que nous laissons libre à chacun de développer selon la situation locale de la lutte.

Le mouvement dit contre la loi travail et son monde, a permis de nombreuses rencontres, qui se sont matérialisées par la constitution de nouveaux groupes d’amis ou de nouvelles bandes. Les examens et les vacances arrivent à grands pas, il nous paraît important de penser dès à présent la suite, car les manifestations, les grèves, les occupations et les blocages risquent, malheureusement, de ne pas durer indéfiniment. Pour que le slogan « continuons le début » n’en reste pas au stade embryonnaire et qu’aucun d’entre nous ne retourne à la vie qu’il menait avant, nous avons établi, à quelques-uns, une liste d’idées, que nous laissons libre à chacun de développer selon la situation locale de la lutte.

// S’organiser par comité permanent ayant pour objectif de traiter des problèmes dans chaque établissement scolaire ou lieu de travail, tout en essayent de se saisir d’espace conséquent pour pouvoir discuter de politique, puis y faire un endroit où la politique ne se résume plus au fait de voter, mais de s’organiser pratiquement en y liant la théorie. Ces comités pourraient agir sur des problématiques internes à chaque établissement ou lieu de travail, participer aux mobilisations qui s’y font tout au long de l’année, voir participer aux luttes qui se mènent dans les quartiers où ils sont situés. Il est vital de sortir des établissements, des campus et des lieux de travail. C’est en effet en créant des liens avec des luttes ici et là que nous pouvons accroître notre puissance commune, en densifiant le réseau de nos relations et en apprenant par l’échange de savoir-faire, tant pratiques que théoriques.

// Penser en terme de lieux, car sans ça, tout est beaucoup plus complexe, que ce soit pour se retrouver, discuter ou partager un repas, car la politique ne se résume pas à des assemblées générales ou à des actions, mais également à la manière d’appréhender la vie de tous les jours collectivement. Il faut donc tenir compte de la spatialité en tant que nous sommes produites par elle en même temps que nous la produisons. Selon les situations et les objectifs, ces lieux peuvent être différents. Un comité de lycée pourrait tenter par divers moyens d’obtenir une salle pour faire des réunions, faire de la bouffe à prix libre, des ateliers artistiques (subversifs par le détournement : affiches, vidéos, stickers et autres), préparer des actions, confectionner des banderoles ou d’autres objets nécessaires pour manifester, voir mettre en place des cours dissidents sur certains sujets en invitant des profs sympathiques, ou encore des clubs de lecture pour confronter son ressenti personnel à celui des autres. Un groupe de potes qui n’a pas les moyens ou plus envie de payer un loyer pourrait ouvrir un squat (maison abandonnée) pour y vivre et y faire, si l’envie y est, des activités politiques, même si le fait d’y vivre est dans un sens déjà politique. Louer un local peut aussi être une bonne alternative pour avoir à disposition une base matérielle permettant d’ouvrir des squats ou s’ouvrir sur un quartier.

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// Se regrouper pour ne plus s’isoler, c’est-à-dire s’organiser par collectif (identifiable ou non), par bande de potes ou de personnes qui ont des intérêts communs, pour y développer divers projets, comme la confection d’un journal qui pourrait traiter de l’actualité d’une manière critique, un groupe qui pourrait organiser des récupérations de bouffe pour préparer des cantines populaires, mettre en place des concerts sauvages ou des soirées peu onéreuses (Eh oui, faire la fête coûte cher), récupérer de quoi aider les sans-abris et les sans-papiers, et pleins d’autres possibilités a penser différemment pour repenser notre rapport à l’environnement qui constitue ce monde.

// Ne plus penser les manifestations comme des simples déambulations, qui ne se résumeraient qu’à des promenades de santé, mais plutôt prétendre à déterminer des cibles logiques répondant aux objectifs, immédiats comme à long terme, que nous nous donnons. Une grève a pour objectif de bloquer l’économie ; La Zad d’occuper un territoire pour le protéger et y vivre. Ne plus s’enfermer dans LA manifestation et remettre au goût du jour la fête dans cette dernière, en proposant des banquets mobiles (ou immobiles, voir les deux), des carnavals subversifs pour jeunes et moins jeunes, et laisser place à notre imagination pour façonner dès maintenant le monde de demain, sans s’enfermer dans l’idée du grand soir. L’émancipation n’est jamais acquise et la lutte doit toujours se renouveler, toujours se penser. Si la lutte est parfois faite d’événements, de coup d’éclat, d’avancées soudaines, elle est également partie intégrante de notre quotidien, dans les gestes qui le construisent. Perdre de vue cela serait condamner la lutte à une mort lente, mais assurée. Il est également important d’accepter la diversité des formes de lutte, de n’en rejeter aucune a priori. Ces questions sont à aborder d’un point de vue stratégique, et non moral.

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// Penser ce que signifie s’organiser en terme de domination, car nous ne sommes pas tous égaux dans la manière de s’exprimer. Certains ont de l’aisance, d’autres moins. Il faut prendre en compte les problèmes de sexisme, car la société capitaliste est une société patriarcale et nous sommes conçus pour intégrer que la norme dominante est masculine. Ne jamais oublier que les problèmes de racisme sont également très importants, après sans rentrer dans un grand débat, il y a différentes approches pour les résoudre, mais le mieux c’est de toujours laisser les premières personnes concernées s’exprimer pour comprendre le problème.

Nous ne savons si nous allons gagner cette bataille, mais de fait, ce n’en est qu’une parmi d’autres à venir. L’important est de penser comment créer des zones où l’on a un impact sur le réel, de courte ou longue durée, mais agir pour développer des bases conséquentes et prendre l’ascendant à des moments où nous n’aurions pu l’avoir précédemment.

« Penser, attaquer, construire – telle est la ligne fabuleuse. » dans le dernier bouquin du comité invisible.

Sur l’une des banderoles était rédigée Le monde est à nous, mais il ne tient qu’à nous d’habiter ce monde et d’y tracer non pas la ligne, mais des lignes fabuleuses, qui nous emmèneront vers des nouvelles histoires - communes.

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