Travailleurs détachés : « La solution n’est pas un repli nationaliste, mais un syndicalisme transfrontalier »

Environ 250 000 salariés originaires de différents pays européens travaillent sur le territoire français, sans pour autant y être installés. Les droits de ces travailleurs dits « détachés » sont encadrés depuis 1996 par une directive européenne, mais les employeurs se livrent à une fraude massive. Entretien avec K., salarié dans le bâtiment et syndicaliste.

Extrait :

Si la directive garantit le respect du droit du pays où est réalisée la prestation, pourquoi le personnel politique crie-t-il au dumping social, et promet de revenir sur cette directive ?

Depuis les années 2000, il y a une massification du recours à la main-d’œuvre détachée. Normalement, même si les cotisations sociales sont payées au taux du pays d’origine, le prix du recours au travail détaché devrait être supérieur au salaire minimum français. En effet, il faut ajouter les frais de déplacement, d’hébergement, etc. Ça, c’est la théorie.

Mais les pourvoyeurs de main-d’œuvre ont trouvé la parade assez rapidement : elle consiste à organiser du travail dissimulé. En apparence, le contrat de travail respecte le droit français, avec un taux horaire qui est globalement respectueux de la convention collective — même si les travailleurs détachés sont généralement payés au SMIC, alors qu’ils devraient être reconnus comme ouvriers qualifiés. Seulement, le temps de travail réel est largement supérieur au temps déclaré.

En raison du manque d’harmonisation des statuts sociaux au niveau européen, on a des pays où il n’y a pas de salaire minimum, ou des pays où le salaire minimum s’élève à 300 euros. Certains pays ont également des taux de chômage supérieurs à celui que connaît la France. Pour beaucoup de travailleurs, le choix réside entre être payé 300 euros au pays, ou 1 100 euros en France. C’est ça qu’on leur fait miroiter. Après, ils déchantent un peu, car sur ces 1 100 euros, les patrons vont leur refacturer des frais d’hébergement, de nourriture, de transport, et ils se retrouvent parfois avec des salaires réels de 600, voire 400 euros... Le gain par rapport au salaire minimum du pays d’origine peut alors sembler assez minime. Mais une fois qu’ils se sont engagés, ils craignent d’être blacklistés des réseaux de recrutement si ils osent gueuler. On a même vu apparaître des réseaux quasi-mafieux, qui terrorisent la famille restée au pays si le salarié se plaint.

Il arrive aussi que les travailleurs détachés ne soient pas payés pendant plusieurs mois. C’est souvent le cas en fin de prestation. Mais la crainte conduit ces travailleurs à continuer le boulot, parfois pendant trois ou quatre mois. A la fin du chantier, l’entreprise les renvoie au pays, et ils peuvent s’asseoir sur leurs salaires non payés. On l’a vu à Tours en 2011, au moment du chantier du centre de maintenance du tramway : les salariés d’un sous-traitant portugais (un Ouzbek, trois Guinéens, un Portugais), chargés du ferraillage sur le chantier, s’étaient mis en grève car ils n’étaient plus payés depuis deux mois.

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