Tout est bon dans la place de la Nation

Quel est donc le nouveau projet de la maire Hidalgo pour la Place de la Nation ? Quand troll, politique contre-révolutionnaire et stratégie électoraliste ne font qu’un... #11hNation

(toutes les citations en italique sont extraites de l’article du Jdd.fr)

Un an après le mouvement contre la Loi Travail, alors que les sensations du printemps passé sont là autour de nous, que l’atmosphère est tendue vers ce qui pourrait arriver autour des élections, nous apprenons soudain que dès ce week-end, la place de la Nation - lieu intense et familier de notre lutte - va devenir le nouvel espace récréatif des jeunes cadres dynamiques électeurs d’Anne Hidalgo.

"La préfecture de police (ayant) donné son accord", ils pourront en effet "se réapproprier peu à peu l’espace public"’, "débattre en marchant " [1], se faire "jardiniers amateurs" d’un "lieu de vie marchable et végétalisé", le tout équipé d’ "unités mobiles" qui ne sont plus des gendarmes, mais des escadrons de "brouettes customisées".
On apprend en plus que parmi les festivités proposées par la maire Hidalgo, il y a, le must !, une "démolition party" dont, comme les free party, la date est encore incertaine et ne sera communiquée qu’au dernier moment. [2] "1 000 mètres carrés" seront livrés aux habitants qui "pourront alors se défouler en détruisant les trottoirs en mauvais état", afin de réduire la chaussée de 26 à 12m de largeur.

Déjà, des blocs ’"appelés glissière en béton adhérent (GBA)" nassent le fameux terre-plein central et avant même qu’on ait pu les voir, résonnent avec d’autres rochers, ceux placés sous les ponts à la Porte de La Chapelle, destinés à entraver la vie des migrants [3]. L’aménagement du territoire a paradoxalement cette fâcheuse tendance, sous la maire Hidalgo, à bloquer les flux.

Pour 30 millions d’euros, les Parisiens seront libres, nous assure-t-on, d"’inventer eux-mêmes une nouvelle place". Les autorités auraient-elles eu vent de notre désir d’autogestion ? Pas sûr. "Coloco and co", prestataire de service soit-disant coopératif, a déjà tout prévu, des attractions au zoning de la place : "ateliers de conception deux fois par semaine", "repiquage de 1800 plantes adaptées au biotope parisien", "bar pour boire un verre", "containers qui serviront de lieu d’exposition et de médiation", et surtout "des workshops de coconception en écoconstructions". Un sacré coco-programme zadiste....

De quoi ce projet urbanistique est-il le couvercle ? "Ce grand lifting de l’ancienne place du Trône, puis du trône renversé après la révolution" offrira à la préfecture une nouvelle "place-parc apaisée" "propice à la convivialité". Politique néo-hausmanienne contre-révolutionnaire ou expiation ordre-moraliste des "crimes" du cortège de tête ? Après avoir fait ressurgir l’architecture fantôme de la prison de la Bastille le 23 juin dernier , la préfecture de police s’essaye maintenant à une autre technique d’étouffement de la révolte : le centre de loisir urbain. Et là où, l’an dernier, les vitrines bancaires des abords de la place explosaient comme du cristal sous la puissance joyeuse de nos coups, les coconcepteurs de la place proposent – donc - une démolition party.

Les cadres dynamiques de l’Est parisien seront alors autorisés à faire ce pour quoi nos camarades sont aujourd’hui inculpés - exploser le bitume, non pour en faire de gracieux projectiles, mais pour accélérer la mise en ordre de la place, ce qui les réduira, au passage, à être la main d’œuvre la moins bien payée de toute l’histoire du BTP parisien. Leurs dernières rares pulsions d’insurrection exténuées, oubliant définitivement l’insurgé de Flaubert, "aussi tranquille au milieu de l’émeute qu’un horticulteur dans son jardin" , est-il espéré qu’ils soient aussi enthousiastes au milieu de ce « cocojardin » qu’un émeutier dans l’émeute ?
Dans tous les cas, la dialectique voudrait que tout ce matériel aimablement fourni par la Mairie de Paris trouve une digne utilisation dans une insurrection party dont, nous aussi, nous nous réserverons l’annonce de la date …

Le comité du mardi soir

Notes

[1Nous ignorons pour l’instant si la préfecture de police autorisera quelques péripatéticiens fatigués à pouvoir débattre dans ce lieu même s’ils ne marchent pas, ou bien si l’on peut marcher sans débattre dans un espace pourtant prévu à cet effet.

[2En fait elle a déjà eu lieu, comme peut l’attester cette superbe vidéo du parisien :

[3Voir cet article où un projet d’urbanisme du même « coco-tonneau » viendra bientôt recouvrir ce qui fut l’un des rares espaces de repos des réfugiés dans Paris : "Après les grillages une coulée verte à la chapelle"

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