Texte sur l’arrestation de sept amis à Paris (le 19 mars, 2017)

Traduction d’un texte écrit en anglais et publié le 19 avril sur Indymedia Linksunten. Il traite de l’expérience 7 personnes, majoritairement venues d’Allemagne, arrêtées lors de la manif du 19 mars [Marche pour la justice et la dignité] et qui maintenant font face à d’assez lourdes accusations.

Ce texte, écrit par un groupe de soutien anonyme, traite de l’arrestation d’une constellation d’internationaux à Paris et les circonstances inhabituelles qui y ont donné lieu, y compris les derniers développements de tactiques policières et l’atmosphère politique actuelle en France après bientôt deux ans d’état d’urgence. Ce texte n’est pas concluant et les faits sont basés sur la mémoire des gens impliqués, mais d’autres textes avec plus d’informations concrètes (surtout sur les tactiques policières) feront suite. Il a également des détails omis du texte car on a toujours besoin d’en discuter et bien sûr on ne peut pas s’exprimer pour chaque personne touchée.

Le 19 mars, il y a eu une manifestation prévue depuis longtemps, contre l’État et la violence policière, mises en avant par le viol de Théo et le meurtre d’Adama, et précédée par une longue histoire d’émeutes contre la violence structurelle de la police et d’un État basé sur le colonialisme. Il faut donc prendre en compte le mouvement de l’année dernière [loi travail] et les luttes partout en France. Dans ce moment, un lien entre deux mouvements s’est élaboré – un contre l’État raciste et l’autre, le mouvement social. Ce lien entre ceux qui combattent l’invisibilité, ou bien l’autorité, est nouveau alors l’État réagit avec toutes sortes de répressions contre ce mouvement et contre la solidarité dont diverses couches sociales font preuve.

Ce jour-ci, un groupe de sept personnes (venant surtout d’Allemagne) se sont retrouvées à Paris, place de la République. Surveillé par des policiers en civil, le groupe a été arrêté. La stratégie de la police était d’utiliser la BAC pour arrêter les personnes après qu’elles se soient dispersées pour prendre chacune son chemin.

Les flics ont amené les sept détenus-es au même commissariat et les ont placé-es en cellules. Puis, ils leur ont expliqué les accusations :

  • Faire partie d’un attroupement armé et se cacher le visage (ce qui en France est considéré comme un délit politique) [Trad : bien qu’il existe des délits politiques, il n’est pas évident que ceux-ci en sont]
  • Dégradations de biens privés
  • Agression contre des flics anonymes qui n’ont pas été blessés.

Lors de ce qu’on appelle la « confrontation », quand l’inculpé et la police s’assoient dans la même pièce et donnent chacun-e leur déposition, les flics ont révélé leurs tactiques. De ce que les policiers ont dit :

Deux policiers pas en service ont assisté à la manif. Ils ont repéré plusieurs personnes à l’intérieur du black-bloc. Ces individus se détachaient car ils étaient complètement couverts par leurs habits, par une forte organisation apparente et l’emploi de gestes comme possible méthode de communication. Les flics ont pris photos et vidéos sur leur smartphones et go-pros. Ils ont suivi certains jusqu’à la Place de la République où ils ont vu ces gens former un cercle pour changer d’habits. Ces flics ont informé leurs collègues qui, la BAC et d’autres policiers, ont observé un groupe de personnes jusqu’au moment où ils ont pu les arrêter.

Les policiers ont interrogé nos amis et les avocats de l’État [trad : commis d’office] les ont encouragés à faire une déposition. Ces interrogatoires ont eu lieu à plusieurs reprises de jour comme de nuit. La plupart du temps, il y avait des interprètes présents, mais ceux-ci ont plutôt joué le rôle de policier que de traducteurs impartiaux. Les flics ont pris L’ADN, les empreintes digitales et des photos de chaque inculpé-e. Certains-es ont été photographié-es avec des chapeaux ou vestes qu’ils avaient avec eux.

Après une attente de plus de 48 heures marquée par une lutte constante pour de l’eau, des draps, des médicaments, accès aux toilettes, de la nourriture (y compris de la bouffe vegan) et des avocats, on les a transférés au dépôt du tribunal au palais de justice, pour la comparution immédiate. Le tribunal a trouvé qu’il n’y avait pas assez d’informations et a alors décidé de reporter le procès. C’est aussi possible que l’affaire ait été reportée car une des accusations est un « délit politique » qui ne peut pas être jugé en comparution immédiate.

Le procureur et les juges voulaient que nos camarades restent en prison en détention préventive jusqu’au prochain procès [trad : le texte original a utilisé le mot "trial", mais proprement dit cela aurait été une audience devant les juges de la liberté et la détention. Cette note tient pour les autres occurences de ce mot dans le texte]. Ils sont passés un par un devant un deuxième juge censé décider si cela aurait lieu. Devant ce juge, le groupe a reconnu certains des faits. Ce juge a ensuite avoué être trop fatigué et énervé par le procès pour rendre un jugement et a renvoyé nos amis devant un autre juge. Ce troisième juge a également prétendu être trop fatigué et énervé pour rendre un jugement et voulait envoyer le groupe en prison. Les avocats ont lutté pour que le procès soit reporté quelques jours.

De nouveau, nos camarades étaient séparés-es et transférés-es dans diverses prisons autour de Paris. Deux jours plus tard, cinq d’entre eux étaient ramenés-es au tribunal. Les procès et les juges étaient différents pour chacun-e ainsi que l’issue, mais les cinq ont été remis-es en liberté le soir même. Trois jours plus tard, les deux autres ont été ramenés-es au tribunal et relachés-es aussi. Ils-elles ont tous-tes à suivre des contrôles judiciaires en France aussi bien qu’en Allemagne, comme par exemple l’interdiction de manifester.

L’histoire n’est pas finie. Ces procès n’avaient comme but que de décider si nos amis auraient à passer les prochains mois en prison jusqu’au procès. Ils attendent de savoir les dates de leurs procès, mais ils s’attendent à des condamnations violentes – des peines de prison inconnues et des amendes excessivement chères. Pour le moment, ils ont des frais importants pour les semaines de procès et il y aura sans doute beaucoup d’autres frais dans les jours qui viennent. Toute solidarité est voulue et bienvenue.

Les ragots et la désinformation se répandent déjà. Le présent texte n’est qu’un point de départ pour faire que cette affaire soit aussi transparente que possible pour limiter cela. Raconter des trucs que tu n’as pas à raconter ne sert à personne à part les flics.

Pendant leurs jours d’incarcération, les détenus-es ont continué de lutter contre l’oppression policière et étatique auxquelles ils ont dû faire face. Bien que leur sort était prévisible entre les mains violentes de l’État, il faut le considérer dans le contexte de leur privilège blanc et donc n’aurait pas pu être pire que ce que subissent à chaque minute les individus noirs ou racisés à l’intérieur des prisons.

La solidarité extérieure, intérieure et partagée était intense et a secoué les murs moites et froids de la prison. Sans cela, ils seraient toujours incarcérés-es et la lutte serait encore plus difficile. Les structures répressives de l’État et la violence continue contre ceux et celles qui luttent pour survivre est permanente. Cela est contesté tous les jours et la solidarité doit se répandre partout !

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