Témoignage sur la manif du 8 mai

Témoignage sur la manif du 8 mai et la violence des flics sur une amie

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Lundi 8 mai, on se retrouve avec quatre ami-e-s à République pour la manif du Front Social. On discute tranquillement sur la place, on mange, on rigole, on attend que la manif commence.
Au bout d’une bonne heure, la manif part. On s’élance, on rejoint le cortège de tête… Je suis content d’être là, après le gros échec de la veille à Ménilmontant, j’espère une manif sympathique, avec une bonne ambiance.
Au début, on avance tranquillement, les flics encadrent devant et derrière. La manif met du temps à avancer, les caméras ne partant pas et l’idée de celles aux balcons du boulevard font que les gens mettent du temps à s’équiper. Le black block est assez peu fourni, même s’il grossit petit à petit, mais peu importe, le cortège de tête lui est bien présent. Les slogans divers résonnent et ça fait plaisir.
Devant chaque rue sur le côté, les flics sont postés en masse, tous cagoulés - je n’ai pas vu une seule exception.

Tandis que la manif est restée complètement pacifique, la tension monte d’un cran. On a peur de se séparer de la queue de la manif, mais des deux côtés on semble rester solidaires. On ralentit, on revient un petit peu en arrière, mais on continue d’avancer.
La tension monte encore quand des gardes mobiles se positionnent sur le trottoir, à gauche. Ils sont « attaqués à coups de slogans » (BFMTV). Une bouteille, peut-être deux, mais les gens restent tous étonnamment calmes. Un gros pétard explose à côté des gardes mobiles, mais c’est tout.
On recule un petit peu après le pétard, suivant le mouvement de foule. On perd deux amis à ce moment là et on reste à trois.
Une ligne de CRS arrive en face de la manif, sur le trottoir droit, là où on était. Je ne m’inquiète pas vraiment à ce moment là, la manif est relativement calme et je pousse presque mes deux amies à avancer, à se remettre dans la tête de la tête de cortège. On reste quand même un peu derrière, plus sage.

Là, on est vers l’arrière du cortège de tête, au milieu de la rue.
Alors que je suis tourné vers l’arrière de la manif, je me rends compte en me retournant que la ligne de gardes mobiles est à quelques mètres derrière nous, que les flics matraquent tout ce qui bouge et que ça court un peu dans tous les sens. Je recule autant que je peux et vers l’autre côté de la rue sans presser, mais en tournant le dos donc je ne vois pas ce qui se passe derrière moi. Je perds de vue mes deux amies. Regard de l’autre côté, la ligne de CRS est elle aussi juste derrière nous. Je retrouve une des deux amies, on se tient pour ne pas se perdre en reculant toujours.
Tout cela s’est passé en cinq, peut-être dix secondes maximum.

La charge passée, on se recule encore un peu pour souffler. Mon amie m’agrippe et me dit qu’elle a pris un coup de matraque sur la tête, que ça ne va pas du tout. Je m’aperçois alors qu’elle a le crâne en sang et en quelques secondes ça coule sur tout son cou. Je crie vainement « médic » deux ou trois fois mais ça ne vient pas, on recule encore jusque dans une petite rue.
Je la laisse avec une connaissance qui était là par hasard et je cours chercher des médics. On la rejoint. On rentre dans un café (il ouvre !), ils s’occupent d’elle extrêmement bien. Un énorme merci aux deux médics pour leur aide, leur sang-froid et leur réactivité. Ils ont un gros mérite à faire ce taf en manif, c’est franchement pas facile et ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient.
Les gens à l’intérieur du café sont très gentil-le-s, personnel compris.
Les médics repartent après un bon quart d’heure et qu’on ait appelé les pompiers. On ira ensuite à l’hôpital. La prise en charge est super mauvaise : on lui parle de chirurgie, elle a des vertiges, des nausées mais on la laisse sortir sans radio, sans scanner, sans rien, au bout de trois heures. Elle retournera aux urgences le lendemain et sera mieux prise en charge.
Bilan : un jour d’ITT, lésions au crâne et au dos, hématome à l’épaule. Le seum surtout.

Je ne suis absolument pas contre la violence en manif, mais il faut souligner que celle-ci était pacifique. Les flics ont chargé en plein milieu de la manif pour la séparer sans aucune raison. Ils ont apparemment continué à le faire ensuite et le déchaînement de violence de leur part était du jamais vu.
J’ai fait les manifs de l’année dernière contre la Loi Travail et c’était déjà assez incroyable comme degré de violence de la part des flics. Mais au moins, on avait une certaine force de l’autre côté, on était nombreu-se-s, on répondait aux attaques. Depuis le premier mai, ils sont dans la violence gratuite, face à une manif qui n’a pas attaqué et gueulait des slogans, merde.
On m’a parlé d’un flic ce 8 mai qui voulait se lancer tout seul pour aller tabasser du manifestant et qui était retenu par son chef.

De notre groupe de cinq, j’ai été le seul à ne pas me manger de coup de matraque. Mon autre amie a des lésions aux cervicales et boite à cause de dimanche soir. BFMTV dans son même article parle « d’aucun blessé à déplorer ». Pourritures.
J’ai la rage. J’ai la rage parce que cette manif a été pourrie pour moi mais que j’ai quand même vu plusieurs amies tomber, au sens propre. J’ai la rage contre ces flics. J’ai la rage contre leurs ordres. J’ai la rage contre ce gouvernement, le précédent et ceux qui suivront.
Leur violence ne fera que renforcer notre détermination.

Crédit photo : LaMeute

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