Retour sur le passage d’Alexis Escudero à Paris et son livre « La reproduction artificielle de l’humain »

Mardi 28 octobre, Alexis Escudero, proche du groupe Pièce et Main d’Oeuvre (PMO), était de passage à Paris, à la librairie le Monte-en-l’air pour présenter son livre La reproduction artificielle de l’humain. Sur un mur attenant à la librairie, un tag était fraîchement écrit : « PMO homophobe dégage ».

Alexis Escudero : Antiféministe, Masculiniste, Homophobe !

Nous sommes arrivé-e-s en distribuant des impressions du site internet de la manif pour tous de l’Oise. [1] Ils recommandent le livre et conseillent de venir aux présentations et d’écouter l’émission de France Culture consacrée au livre. "Vous êtes à une présentation de la manif pour tous. Ils appellent à lire ce livre et à venir à ces discussions. Vous êtes au courant ?" Des personnes nous ignorent, d’autres partent en apprenant la nouvelle.
Nous n’avons pas laissé à Alexis Escudero le loisir de présenter son livre mais avons directement lancé le débat sur les attaques anti-féministes et LGBTI du livre. Des explications ont été demandées sur les propos antiféministes, masculinistes et homophobes présents dans sa publication, sous prétexte de critiquer la Procréation Médicalement Assistée.

Des pancartes ont été portées pour visibiliser leurs idées réactionnaires :

  • Escudero Antiféministe, Masculiniste
  • Escudero Lesbophobe, Homophobe Transphobe,
  • Escudero porte parole de La Manif pour tous ?

Une partie du public s’est solidarisé-e avec nous, d’autres ont pris la défense de l’auteur nous disant qu’il avait le droit de répondre et de présenter son ouvrage. Pourtant, un livre et un passage sur France Culture nous paraît largement assez comme espace d’expression pour ces idées nauséabondes.

On a alors assisté notamment au réveil musclé des plus détestables comportements patriarcaux, virilistes, anti-féministe et essentialistes. Les allié-e-s de l’auteur se sont énervés, ont crié et ont menacé-e-s de nous mettre dehors. Ils ont été soit ignorés, soit recadrés fermement.

Dès qu’Escudero avait la parole, il la monopolisait pour tenter de faire une présentation lissée de son texte, en refusant de répondre aux questions que nous soulevions. Toujours le même refrain : PMA = transhumanisme, eugénisme, consumérisme... Pas de discussion possible. Pas de ré-appropriation possible de cet outil.

Nous avons continué de lui couper la parole, de dénoncer l’objectif premier du livre : une charge antiféministe, masculiniste et homophobe. Voici quelques exemples qui illustrent le contenu réactionnaire de sa publication.

Remise en cause du droit à l’avortement

Selon Alexis Escudero, ces prétendues « féministes libertaires-libérales » ne sont que des « consommatrices », pour qui un enfant serait un simple objet : « Le droit de propriété comprend l’abusus, la possibilité de disposer d’un objet en le vendant, en le modifiant, voire en le détruisant. Si l’objet est livré mal à propos, la liberté du consommateur est de pouvoir le supprimer » (p.131).

Le droit des femmes à disposer de leur corps et à décider pour elles-mêmes d’interrompre une grossesse non voulue est remis en cause... Pourquoi doit-on encore rappeler à des personnes « de gauche » que l’avortement est un droit fondamental qui conditionne tous les autres droits et l’accès des femmes à leur autonomie, à leur choix de vie, à leur liberté et non un caprice consumériste ?

Antiféminisme et lesbophobie méprisant et ignorant complètement ce qu’il critique.

Avec l’insémination artificielle tout est tellement plus simple ! Un coup de téléphone et le sperme est livré à domicile. L’abolition du coït entre mâle et femelle supprime du même coup les risques de maladies sexuellement transmissibles. Plus besoin surtout d’entretenir un mâle à l’année, ce qui est contraignant et coûte trop cher pour le peu de fois qu’on s’en sert (et imaginez en plus s’il ne fait pas la vaisselle) (p. 89)

Plutôt que de s’inquiéter du déficit de naissances masculines, la gauche progressiste préfère réclamer le droit pour les femmes célibataires de recourir à la PMA, un moyen commode de combler le manque de partenaires disponibles. (p. 34).

Rassurez-vous, messieurs PMOniens, si on manque de partenaires disponibles, c’est soit parce que certaines sont lesbiennes et ne cherchent donc pas de partenaires "masculins", soit parce ces derniers sont trop occupés à se percher sur leurs grues, à fuir leur pension alimentaire et leurs taches ménagères...

Masculinisme

Alors qu’il défend l’insémination « artisanale », l’auteur n’aborde pas les problèmes qu’elle pourrait soulever. Particulièrement le risque de voir le géniteur revendiquer sa paternité sur l’enfant au couple de femmes à qui il a « donné » son sperme. Dans son livre, on ne voit aucune prise en compte du poids médiatique et législatif actuel des associations de défense des droits des pères qui revendiquent une paternité à la carte. [2] Rappelons notamment que les masculinistes nient la violence masculine sur les femmes et les enfants, revendiquent de ne plus payer les pensions alimentaires et remettent en question le droit d’avorter des femmes.

Homophobie et naturalisme

Fin 2012, début 2013. Le débat sur le mariage homosexuel occupe la scène politique et médiatique française. Manifestations, grandiloquences de tous bords, débats sans fin à l’Assemblée nationale, diatribes dans la presse et sur les plateaux télés s’enchaînent des mois durant. Tapage entretenu par le gouvernement socialiste tout juste élu pour divertir l’opinion de sa politique économique.

Utiliser l’expression « mariage homosexuel » au lieu de « mariage pour tous » et l’idée que le gouvernement chercherait à « divertir l’opinion de sa politique économique » sont des arguments issus de l’extrême droite. Heureusement, la Manif pour tous reconnaît elle-même ses connivences avec A. Escudero et sa bande sur internet. [3]

Au-delà du mariage homo, des collectifs et associations LGBT (Lesbiennes, gays, bi et trans) imposent dans le brouhaha l’extension du droit à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes. L’inter-LGBT en a fait un enjeu de la campagne présidentielle. La PMA, jusqu’alors réservée aux couples hétérosexuels médicalement infertiles, est travestie en condition impérieuse de l’égalité homos/hétéros. Le débat est sciemment réduit à cette fausse symétrie.

Personne n’impose l’extension du droit à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes. Il s’agit d’une revendication pour l’égalité des droits qui est portée depuis 2002 sur l’accès au don de sperme.

Après avoir repris les mots de la manif pour tous, Escudero vire dans la théorie du complot d’un lobby LGBTI qui imposerait son agenda au gouvernement... Dommage qu’il n’ait pas parlé aussi des Illuminatis, des reptiliens et d’autres lubbies complotistes du moment. Au moins, ça nous aurait fait rire...

Enfin sur le recours à la nature et au bon vieux discours sur la « différence des sexes » comme base de la critique de la technologie

Le troupeau progressiste défend l’uniformisation biologique des individus. Cette confusion entre égalité et identité transforme le combat pour l’émancipation politique en ode au transhumanisme. (…). Il entretien la confusion entre égalité et identité biologique, entre émancipation politique et abolition de la nature. » (p. 163 et 209).

Ces messieurs ne souhaitent vraiment pas reconnaître les bases du MLF : c’est à dire reconnaître que détruire la différence des sexes, c’est supprimer la hiérarchie qui existe actuellement entre deux termes dont l’un est référé à l’autre, et infériorisé dans cette comparaison. On ne peut revendiquer le « droit à la différence », car cela signifie le droit à l’oppression. [4]

En résumé, ce texte propose une simplification à l’extrême de la PMA réduit à un rôle d’eugénisme, mêlant désinformation, amalgames et approximations. Alexis Escudero, bien assis sur ses bases patriarcales, se permet d’assigner des rôles aux militant-es féministes et LGBT, allant à l’encontre de leurs propres positionnements. Il souhaiterait imposer un calendrier de réflexions à ces militant-e-s qui, selon sa vision simpliste, ne seraient pas en mesure de choisir leurs propres thèmes ni d’apporter d’idées construites.
Combien de fois devrons nous encore rappeler à A. Escudero et sa bande de PMO qu’on peut être anticapitaliste, critique de la technologie ET pour l’égalité des droits des homosexuels, des femmes ou des lesbiennes. Il n’y a pas de « luttes secondaires ».

Plusieurs mouvements LGBTI revendiquent aujourd’hui l’accès à la PMA (qui rappelons le est un don de sperme) pour les couples de lesbiennes et pour les femmes célibataires, ainsi que la reconnaissance légale des enfants nés ainsi d’une part, et de leurs parents d’autre part. Il s’agit bien de réclamer l’égalité.


S.C.A.M (Section Carrément Anti-Masculiniste)

Notes

[4Questions féministes, une revue théorique féministe radicale, novembre 1977, réédition syllepse novembre 2012.

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