La responsabilité des travailleurs des médias de grande antenne

La vision politique du monde donnée par les médias les plus accessibles est assez claire. Elle construit l’imaginaire collectif de façon réactionnaire et consensuelle avec la classe bourgeoise et ses intérêts. Elle répond à des impératifs très loin du progrès social. Il parait difficile d’imaginer une évolution des consciences (la stimulation de la conscience de classe) sans diffusion massive d’une vision du monde progressiste. La question est de savoir comment conquérir cela, et de quelle manière les travailleurs du secteur pourraient bousculer les choses de manière tactique, à travers les syndicats par exemple.

Beaucoup de politiciens existent par le fait de dénoncer des catégories de personnes à travers un discours réactionnaire et de préjugés. Le grand problème des médias de grande écoute et qu’ils ne laissent jamais la parole aux concerné.es.

Les sujets sont très courts et laissent se développer les préjugés, n’apportent aucun travail de recul, d’analyse, de mise en contexte. En clair, aucune démarche scientifique visant le progrès.

On parle de la construction de nouvelles prisons mais sans jamais donner la parole à ceux qui luttent contre le système carcéral. On parle de campements de Roms et de leur évacuation, mais jamais on ne laisse la parole aux gens qui subissent ces violences. On instrumentalise sans cesse les femmes voilées, et pourtant jamais ou presque elles n’ont l’occasion de dire leur vécu.

En clair, notre société est construite sur l’atomisation des personnes et sur la méfiance et le jugement vis à vis de ce qu’on ne connaît pas (et en même temps leur invisibilisation, le mépris de leur droit à la représentation). Les préjugés ont alors le champ libre pour construire l’opinion de M. et Mme tout le monde.

C’est en lisant L’Envolée (https://lenvolee.net/) que j’ai compris le vécu des prisonniers. Il m’a été offert un regard profond et extrêmement touchant sur leurs difficultés. Le journal révèle aussi le nombre de mutineries dans les prisons, et les revendications des prisonniers, notamment à travers la publication de lettres. Choses très peu relayées dans la presse, et bien sûr sans jamais aller au delà de la peur du prisonnier, « ce sauvage, cet être néfaste ». Alors qu’il est en tout point comme nous, si ce n’est que bien souvent c’est sa place dans la hiérarchie sociale qui l’a conduit à devoir voler, vendre des choses illégales, etc.

De la même façon, entendre des femmes voilées parler de ce qu’elles subissent dans l’espace public, entendre le parcours des demandeurs d’asile, suivre un groupe dédié aux « Roms » qui dénonce la réalité en allant au bout du sujet, entendre la voix des habitants des quartiers populaires pour comprendre la politique qui les vise directement... tout ceci permet d’ouvrir sa conscience du monde réel et devrait être un objectif pour toute personne avec des conviction politiques.

Si les médias servaient à ouvrir l’esprit sur ce que l’on ne connaît pas, à travers la rencontre de gens du peuple, au lieu du défilé de bourgeois vendeurs de soupe, l’empathie pourrait se développer entre les gens, conscients des difficultés de chacun et des points communs qu’ils partagent. Cela ferait renaître une conscience de classe.

Il est évident qu’on n’est pas prêt de proposer ce genre de programmes sur les médias privés possédés par de grands capitalistes. Cela semble aussi difficile à imaginer sur les médias placés sous la coupe de l’État. Mais c’est là que la question des travailleurs de ce secteur m’interpelle. Pourquoi des grèves de professionnels de l’antenne et de tout ce qui l’entoure, organisées par des syndicats progressistes soucieux de faire un travail qui corresponde à l’idée qu’il s’en font, ne permettent pas de pirater ne serait-ce que quelques instants, par de petits coups d’éclat sporadique, l’antenne, et de montrer le type de travail qui pourrait être réalisé ?

Les médias de masse construisent nos représentations du monde, avec comme ingrédient principal la peur. La peur de l’autre, de son prochain, est l’élément qui empêche de sortir de l’isolement, de comprendre les intérêts que nous partageons tous dans le prolétariat. Plus on a peur de ses semblables, moins on est armé pour combattre nos bourreaux.

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