Récit d’action contre une entreprise qui pose les compteurs linky à Paris et ailleurs

Ces derniers jours nous avons décidé de taquiner un peu devoteam, dont une des filiales, myfowo, pose des linky [1], notamment dans Paris et sa banlieue. [2]

Ces derniers jours nous avons décidé de taquiner un peu devoteam, dont une des filiales, myfowo, pose des linky [1], notamment dans paris et sa banlieue. [2] Devoteam (quelques millions d’euros de chiffre d’affaire, quelques milliers de salariés) fait du consulting informatique, lié à la sécurité informatique, au cloud, au bigdata, au développement de l’informatique dans les entreprises, etc, et travaille notamment beaucoup avec google.
En prétendant parfois se soucier de l’écologie, pour justifier d’un monde de contrôle total des individus par la technologie [3], comme c’est le cas avec le linky…

Nous avons bloqué le standard téléphonique de leur siège social pendant trois jours, pour perturber leur fonctionnement. Nous mettrons le récit de l’action plus bas.

On a choisi devoteam parce que nous refusons la technologie. On refuse l’idée que « toute technique est neutre et peut-être bien ou mal utilisée ». On refuse l’identification et le contrôle toujours croissants des individus par le pouvoir, à travers l’administration, le fichage, les réseaux sociaux, les datacenters, l’ADN, les puces RFID [4]. Et on refuse la domination de l’espèce humaine sur le monde et ses autres habitants, qui pille ses ressources, qui s’approprie tout l’espace possible, le sature de nuisances, autoroutes, lignes THT, antennes-relais GSM et autres. Domination toujours liée au progrès technologique.
Il faut dire qu’on était content.es, au passage, d’emmerder Stanislas de Bentzmann, cofondateur et coprésident de devoteam, ancien président de croissance plus (association de petits et moyens patrons qui fait du lobbying contre les travailleur.euses), qui a cosigné un bouquin intitulé « les 35 heures, une loi maudite ? Comment en sortir sans drame ».

On attaque parce que c’est notre manière de se sentir entièr.e, en mêlant nos actes et nos idées, et ça nous est vital. On ne croit pas au grand soir et à un monde idéal, même si ça a du sens pour nous d’espérer des changements et des petites victoires. Notre idéal c’est d’être en lutte.
On aime que les modes d’actions soient variés, et celui-là nous paraissait amusant à essayer (qui l’aurait cru ?).
On aime les actions qui nous inspirent et nous réchauffent le cœur, sur lesquelles les auteur.ices communiquent pour leur donner du sens, et se battre contre l’oubli et l’isolement des réprimé.es [5]. Parce que ça donne de la force de savoir qu’il y a d’autres personnes, ailleurs, qui se mettent en jeu en se battant contre le reste du monde et contre ce qui existe de ce monde à l’intérieur de soi-même.
On espère que les actions en solidarité avec les inculpé.es de la voiture de flics brûlée quai de Valmy fleuriront, à l’occasion des procès prévus à Paris du 19 au 22 septembre. Soutien à Kara et Krem ! [6]

Le blocage s’est fait en appelant le standard depuis un téléphone anonyme, dans un lieu public fréquenté et apparemment sans caméra.

  • premier contact très cordial de 10 min, on se présente comme un particulier (au début la standardiste nous demande de quelle société on est) chez qui on a installé le compteur. On dit qu’on veux que myfowo arrête de poser des compteurs.
    « Chez vous ?
    - Non, en général. »
    La standardiste explique ne pas être très informée, mais ça l’intrigue car la veille elle a reçu une plainte par e-mail au sujet du linky. Elle dit que myfowo est indépendant de devoteam (« on fait du consulting informatique, ça n’a rien à voir ») mais reconnaît que c’est une filiale et qu’au niveau hiérarchie myfowo obéit à devoteam (mais c’était évident). Elle annonce qu’elle va en parler à sa hiérarchie pour « trouver une solution » et nous rappeler plus tard. Le ton est resté très poli voir amical et elle nous remercie de notre gentillesse (c’est son boulot…).
  • 2e coup de fil de 2 ou 3 min, elle rappelle quelques minutes après le 1er échange, elle a l’air moins sereine. Elle nous dit de la recontacter par mail pour « trouver une solution » et nous donne : accueil73@devoteam.com. Quand on lui demande si c’est le contact donné sur leur site internet, elle ne sait pas mais nous demande d’utiliser plutôt le contact du site s’il y en a un (cool, elle a lâché une adresse qui n’était pas publiée sur leur site).
    « Vous comprenez, il y a des millions de compteurs posés, si je recevais des millions d’appel, je ne m’en sortirais pas. » (hahaha… ce qu’il ne fallait pas dire)
    Elle me demande avec un peu d’insistance comment on a eu le numéro de leur siège.
    « Sur internet, je sais plus où exactement. »
    Elle demande si ce qu’elle a proposé nous convient.
    « J’imagine que je n’ai pas le choix. »
    Lorsqu’elle répond que non, effectivement, sa douce politesse se teinte un peu d’impatience.
    On dirait que ça ne plaît pas à sa hiérarchie que des gens appellent au sujet des compteurs, ni que le standard soit monopolisé. On tient à les remercier au passage, ainsi que la standardiste, pour leur bonne volonté et leur coopération durant ces premiers échanges.
  • puis appels en continu sans rien dire. Les premières minutes elle raccroche vite. Au bout de 10 min, après « Monsieur ? Monsieur ? » elle ajoute, légèrement affolée « Vous monopolisez mon standard, je ne sais pas si vous m’entendez mais là, c’est une catastrophe. » Appel suivant, elle soupire : « C’est une catastrophe. »Bon, ça a l’air un peu exagéré, mais ça fait plaisir quand même. Ensuite de long silences, de temps en temps elle raccroche et on rappelle. Après une demi-heure c’est une voix d’homme qui demande« Allo ? Allo ? ». A 17h30, la standardiste dit qu’elle quitte le travail. 5min sans appeler, puis nouvel essai, le téléphone sonne mais personne ne répond, il n’y a probablement plus personne.
  • le surlendemain, jeudi 24, puis vendredi 25 et lundi 28 appels en continu de 9h30 à 17h30, sans rien dire. Le jeudi après-midi, la standardiste essaie encore une fois de parler, de nous demander de répondre, et qui on est, avant de se résigner pour de bon à ne plus répondre.
    Le vendredi après-midi, alors que le téléphone est décroché, on entend un responsable à qui la standardiste explique la situation, en précisant que c’est en lien avec les compteurs.
    « C’est comme si il y avait quelqu’un qui appelait tout le temps…
    Il constate : - Ah oui il y a bien quelque chose à l’autre bout de la ligne, on entend des bruits de fond. C’est bizarre. »
    Un coup de fil qui ressemble à une tentative pitoyable de se soustraire au blocage est à noter pour le lundi. Le matin, un numéro en 06 nous appelle pendant le blocage (en laissant le standard en attente on peut continuer à l’appeler pendant qu’on répond au 06) :
    « Bonjour, vous appelez régulièrement le standard d’une entreprise, j’aimerais savoir pourquoi. »
    On lui demande s’il est de devoteam, il répond que oui. On lui répète que c’est pour les compteurs, il répond que myfowo n’est plus une de leur filiale mais a été vendu récemment.
    « C’est curieux, le standard, et le service comptabilité client, nous ont dit le contraire. »
  • Ce même lundi, on a trouvé deux autres numéros de la boîte, pas diffusés publiquement, contrairement au standard. En remplaçant les deux derniers chiffres par 10, on tombe sur la comptabilité client, et, beaucoup plus intéressant, en les remplaçant par 30 on tombe sur le bureau du coprésident. Pour le président on est tombé sur un répondeur automatique à chaque fois, qui permet de laisser un message. On en a profité pour lui laisser une soixantaine de messages vides, histoire de marquer le coup.
  • L’après-midi, coup de pression d’un type qui répond au standard et annonce qu’une plainte a été portée au comico, qu’illes ont notre numéro de téléphone, et qu’on va avoir des problèmes. On ne dit rien mais ça nous amuse.
  • Le lendemain matin, on a recommencé à 9h et demi, mais vers 11h on a aperçu trois bonhommes, la trentaine, un peu forts, habillés en civil mais pas vraiment comme le reste des gens qui fréquentent le lieux. L’un d’eux avait un téléphone portable, qu’il inspectait de temps en temps, entre les moments où il surveillait les gens autour de lui. Ils avançaient plutôt lentement, en s’arrêtant, en observant les gens. Peut-être était-ce une bande de potes qui jouaient à pokemon go en groupe ? Dans le doute, on a préféré partir.

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