Bobigny le 11 février 2017 : retour sur le rassemblement en soutien à Théo

Arrivées sur place vers 16h, plusieurs centaines de personnes débarquent du métro, des tram, des bus, rejoignent une place fermée en-dessous du tribunal puisque l’esplanade du TGI a été fermée (elle aurait été trop petite pour accueillir tout le monde de toute manière), mais le sentiment d’être pris au piège derrière des grilles avec des flics en surplomb sur une passerelle met déjà mal à l’aise. Beaucoup de personnes se font la réflexion et se disent qu’il n’est pas question de rentrer dans cette nasse urbaine pour se faire serrer.

Pourtant la place se remplit vite, plusieurs centaines, puis des milliers de personnes se rassemblent, venues de toute l’Île-de-France. Au plus fort, près de 4000 personnes se sont réunies, [1] Des prises de paroles s’enchaînent vite, on a du mal à toutes les entendre derrières les slogans qui fusent ("Flics violeurs assassins", "Tout le monde déteste la police" "Les violeurs en prison", "Justice pour Théo", "pas de justice, pas de paix", etc.).

Beaucoup de jeunes, des moins jeunes, des assos, des familles, des élus faisant les paons devant les caméras venues nombreuses aussi avec toute la cohorte des périscopeurs qui s’ajoutent à la multitude de caméras qui filment. Les flics aussi filment, depuis la passerelle, histoire de bien tous nous ficher. Leur position est idéale, les foulards sont vite obligatoires.

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Un super graf est réalisé pendant les prises de paroles, il résume bien la situation et le sentiment de chacun. Pendant ce temps, les gens continuent d’arriver en masse sur la place.
La foule est nombreuse, très mélangée et enthousiaste. La présence du rappeur Sofiane aka Fianso réchauffe l’ambiance parmi les plus jeunes. Beaucoup de gens s’en fichent des discours ou du moins n’y accordent pas une attention phare. Pas mal de discussions dans la foule sur : on reste calmes et "civilisés", comme nous y exhortent les organisateurs, ou on fout le bordel ? Certes, les médias n’attendent que ça, mais est-ce que c’est une raison pour ne pas le faire vu que le rassemblement est déjà presque interdit, déjà presque nassé, et que tout le monde est d’accord qu’on est aussi sceptiques envers le rôle de la justice qu’envers la gentillesse hypothétique d’une police future qui pourrait être "jugée", "punie".

Et puis ça part, vite, très vite. Un groupe de très jeunes décide d’aller attaquer les flics sur la passerelle, ils se font charger par les flics, et se piétinent dans la panique alors que les flics refluent vers le tribunal.
Un groupe revient à la charge plusieurs fois sans grand résultat, vu l’étroitesse de la passerelle, et n’ayant pas vraiment la cohésion pour affronter les flics sur leur terrain.

Et puis ça part en vrille. Quelques feux d’artifice. La queue du rassemblement se masse vers les escaliers.
Entre temps, la camionnette de RTL brûle (une pensée à la famille de la camionnette). Les gens sont assez calmes, on commence à voir quelques départs. La tribune exhorte au calme dans la plus totale indifférence de la foule. Un des gars au micro entonne la Marseillaise et se fait siffler immédiatement.
À ce moment-là, pendant que la plupart des gens sont encore sur la place, des baqueux en nombre se rassemblent au métro et agressent verbalement les passants. Un face à face tendu s’ensuit. Rapidement, des gamins lancent quelques feux d’artifice, riposte immédiate : jet de grenade assourdissante, puis tir de flashball. Les gens qui attendent le bus et le métro s’affolent et courent dans tous les sens. On reflue vers le métro et le tram, mais très vite les flics sont là aussi. Pas mal de gens choisissent de prendre le métro et de partir, d’autres refluent vers la place sur laquelle il y a encore beaucoup de monde et quelques prises de paroles.

Et là ça repart en vrille. Tout le monde se retrouve plus ou moins soit dans le parc à côté de la bagnole de RTL qui brûle, soit sur Pablo Picasso.
Échauffourées autour de l’hôtel du département sur lequel aucune vitre du rez-de-chaussé ne restera en place. Les dalles de l’esplanade devant le bâtiment sont arrachées pour servir de projectiles et un grand nombre de manifestants part vers la gare routière, puis vers la préfecture. Au niveau de la gare routière et de la rue Carnot, une manifestation pacifique essaye d’avancer face à des flics armés de LBD. Au niveau de la préfecture du 93 (!), les affrontements ont été assez intenses et à nouveau, le dépavage a permis d’alimenter les manifestants en projectiles. Les flics ont à nouveau tiré au flashball, puis noyé la gare routière dans les gaz. Les personnes refoulées depuis la préfecture s’attaquent au Mc Do du coin et le défoncent.

Le vide laissé a vite été comblé : entre 600 et 800 personnes ont tenté de tenir une marche silencieuse en direction du centre-ville de Bobigny. La marche partie du lieu du rassemblement a pu avancer jusqu’au métro Pablo-Picasso, mais a été massivement gazée sans sommation et repoussée vers la gare routière qui restera territoire occupé jusqu’au bout par les flics.

La tension monte, près de 2000 personnes errent sur la gare routière au milieu des lacrymos, des voyageurs sans bus, tram ou métro, des containers à verre renversés et vidés où chacun-e peut partir avec ses petites bouteilles (dérisoires face à ce déploiement en masse des flics).
Et c’est ce moment que la police choisit pour tirer au flashball sur tout le monde.
Malgré les déclarations mensongères de la préfecture, il y a eu des blessé-es : de nombreuses personnes se prennent des tirs de LBD (Lanceur de Balle de Défense) ou tombent dans la panique, il y a eu de nouveau des tirs de grenades de désencerclement. Plusieurs blessés sont aussi à déplorer à cause de tirs de cailloux maladroits.

L’arrivée de renforts de police et les gazages en masse autour du tribunal finissent par produire leurs effets : pas mal de panique, tout le monde se disperse, de petits groupes commencent à faire brûler ou péter ce qui passe sur leur chemin : poubelles, abri-bus, façades de banques etc.

Une bagnole se fait retourner rue Pablo Picasso et brûle.

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Un jeune homme participant au rassemblement extrait une enfant d’un incendie menaçant une voiture où se trouve une famille. La communication mensongère et manipulatrice de la préfecture à ce sujet sera vite démentie : la voiture n’a jamais pris feu et la vie de l’enfant n’a jamais été en jeu.

Sur le rond-point devant l’esplanade Jean Rostand, les pompiers ont refusé d’intervenir alors qu’une femme était en train d’avoir des convulsions au sol et que les manifestants appelaient les secours depuis un moment. Un groupe est même venu "rassurer" les pompiers pour leur assurer qu’ils étaient en sécurité. Les flics postés à quelques mètres de là et ayant assisté à toute la scène ont alors décidé de gazer tout le monde : pompiers, manifestants et la personne blessée qui ne sera pas prise en charge par ce camion.

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Les groupes se dispersent partout autour : dans la cité Pablo Picasso, le quartier Jean Rostand ou encore du côté du parc de la Bergère. Les voisins et voisines n’ont pas l’air traumatisés du tout et indiquent le chemin pour celles et ceux qui sont paumés. Il y aurait peut-être encore quelques bus ou un tram plus loin...
Beaucoup de rage ou de compréhension dans les propos, pas tellement le discours de "vous avez brûlé la voiture d’un ouvrier et des infrastructures publiques qui sont à vous quel scandale !" mais plutôt des "quelle justice existe pour quel type de population ?" ; "Théo, tu crois qu’il va aller porter plainte chez les chtars ?"

À partir de là, il est difficile de poursuivre un récit exhaustif : le gros du rassemblement est dispersé en plusieurs petits groupes.
Un premier occupe le bas de l’esplanade Jean Rostand et met quelques poubelles en feu entre eux et les flics. Une partie tente d’arracher quelques projectiles au sol pour harceler les flics qui tiennent le rond-point ou bien passent en trombes. Quelques uns attaquent la Société Générale au coin, tandis que d’autre s’intéressent plus au Franprix quelques rues plus haut. Les flics prennent position autour de l’esplanade et finissent par disperser tout le monde. Une ultime tentative de barricade enflamme quelques poubelles en direction de Drancy sous l’œil complice d’habitants et des petits commerces du quartier.
Un autre groupe se dirige alors vers l’autoroute pour la bloquer. La station service BP et le concessionnaire Speedy de l’avenue Paul Vaillant Couturier sont attaqués.
Plus loin, 150 personnes ont cavalé jusqu’à Pont de Bondy et ont pillé le Décathlon rue de Paris à Noisy-le-Sec.
Ils ont sûrement pu récupérer un bon stock de k-way, cache-cols et gants en prévision des prochaines nuits qui risquent d’être glaciales dans le 93.

Au final, les manifestants se sont petit à petit fait disperser jusque après 20h ; tout le quartier a été quadrillé par la police et les gendarmes sont venus en renforts. La circulation des tram, bus et métros restera fermée dans toute la Seine-Saint-Denis jusqu’au lendemain matin. Un couvre-feu qui ne dit pas son nom est imposé par la préfecture à toute la banlieue Nord et Est.

À cette heure, dimanche 12 février à 21h30, la préfecture annonce 37 interpellés et aucun blessés, ce qui est impossible au vu des réponses violentes de la police envers les manifestants et des témoignages directs que nos avons reçus.

Nous invitons les proches et familles des interpellés à contacter la Legal Team [2], au moins pour prendre des informations et ne pas rester isolés face à la "justice".

Notes

[1Contrairement aux dires de certains journaux qui "décodent" l’actualité sur la base de témoignages erronés et titrent "quelques centaines de personnes" (quand même la préfecture en annonce 2000) et continuent la désinformation en réduisant les affrontements à "une centaine de casseurs en marge du rassemblement" et à "des habitants outrés devant les dégradations". La bonne blague !

[207 53 13 43 05 pour les urgences, sinon stoprepression@@@riseup.net

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