Pourquoi on est content-es que le Civic Lab de La Chapelle ait cramé

Dans la nuit de dimanche à lundi, un beau feu de joie a touché le Civic Lab du métro La Chapelle. Haut lieu de la participation citoyenne pour un urbanisme épuré de toute forme ostensible de misère. Ou comment les nettoyeurs se font nettoyer.

Début de semaine fébrile, la mémoire fraîche d’un abordage avorté : trop peu nombreux-ses que nous étions dimanche soir pour gâcher la mise en branle des prochaines présidentielles. L’hiver ne condamnera pas nos combats à l’hibernation. Certainement pas, mais une gymnastique de lutte a sûrement peiné à retrouver des réflexes durement acquis pendant la loi travail.

Arrive lundi matin, encore la tronche dans le brouillard, une promenade matinale dans le 18ème, engourdi-es par le froid. Bien loin de se geler les miches, la nuit a semble-t-il été chaude au métro La Chapelle.

On avait depuis quelques mois constaté l’installation nauséabonde de plusieurs Algecos sous la ligne aérienne et dans les squares attenants. D’un côté est installée l’entreprise Emmaüs, soucieuse de faire valoir sur le devant de la scène sa fonction humanitaire, au cas où le doute se soit immiscé après les sales coups qu’on leur connait. Pourquoi Emmaüs ou pourquoi pas Emmaüs ?. On fait le choix de les conchier.
De l’autre, le bien nommé Civic Lab. Celleux-là même qui ont pu jouir d’une installation subventionnée au lendemain de l’expulsion des réfugié-e-s qui survivaient sous la ligne 2 en ce même lieu. Jeux de dupe et saloperie consciente, le comble est de venir nous vendre du civisme lorsque l’on participe de la violence faite aux plus précaires.

Le Civic Lab c’est l’ancrage dans le quartier de l’Atelier d’Architecture Autogérée dont la mission est de préfigurer une promenade citoyenne aux abords du métro entre les stations Barbès et Stalingrad en « concertation » avec les habitant-e-s du coin. À noter que c’est l’architecture qui est autogérée ici, non l’atelier. Du coup c’est quoi l’archi autogérée ? Des chevrons qui tiennent conciliabule avec des fenêtres et des vis pour savoir comment ils vont s’agencer ensemble ?

C’est la fumisterie du « participatif » à grand coup de « démocratie directe » dans le « déploiement » de « projet co-construit » avec « les habitant-e-s ». C’est comme ça qu’on cause chez les collabos d’aujourd’hui.
D’ailleurs, illes définissent leurs activités par la mise en place de projets collaboratifs. Collabo(ratif), ça porte bien son nom. Leur seule fonction est en fait de produire des diagnostics pour les futur-es pontes de l’urbanisme. Agent-es de la gentrification ou l’urbanisme friendly, sous couvert de conviction gauchiste boboïsante (mais de la bonne gauche, celle qui fait pas chier). À se demander si avec leurs constructions de bric et de broc faussement récup, illes ne voudraient pas nous faire croire à une zad. Ceci démontre la capacité de ces architectes à intégrer des esthétiques de lutte pour vendre leurs produits en récupérant à leur compte les volontés d’expérimentation débrouillarde en acte à NDDL ou encore à Bure.
Le biz bien juteux de l’urbanisme bio merdifie ces jeunes architectes pétri-es de bons sentiments. Leur citoyennisme militant revêt diplomatiquement les nouvelles stratégies douces de la mise sous contrôle d’espaces de la ville jusqu’alors incontrôlables. Aux chiottes les collectifs orduriers qui viennent nous vendre l’illusion de l’autogestion en partenariat avec la municipalité.

Alors oui, le voir cramé, bien noirci, ça nous a fait plaisir, ça fera toujours un espace de moins pour le papouillage des conseils de quartiers qui ne pensent qu’à voir partir l’informel et ce qui nuit à l’ordre de leur petit sentiment de sécurité. Leur souci n’est pas tant de régler la question de la misère que de ne plus avoir à en subir les contrecoups. Ne plus avoir sous les yeux la pauvreté d’un des derniers quartiers populaires de Paris.

Ce qui est rigolo c’est de voir tout ce petit monde qui agit pour repousser la misère, sans se rendre compte que cette misère elle se construit par de petits instincts de propriétaire, de petits désirs bourgeois de paix sociale. C’est toujours ainsi leur pseudo concertation-consultation-collaboration : venez donner votre avis dans les cadres qu’on vous donne avec la même ouverture sur le quartier qu’un vernissage au 104.
Et surtout un-e ennemi-e : les vendeur-se-s à la sauvette, celleux qui ne respectent pas le désir d’un quartier sûr et tranquille pour les VRAI-ES riverain-es, celleux qui paient leur loyer monsieur, celleux qui sont propriétaires et qui voient leur bien rutilant dévalué par la présence de cette « faune » dans les rues.

Le Civic Lab se félicite même de l’organisation de discussions avec « Les amis d’Action Barbès » sur leur facebook. On décide alors d’explorer le site de cette amicale de quartier. Ok, illes sont en campagne pour nettoyer le quartier des nuisibles, l’amicale de la karcherisation pour faire simple. Demande d’une présence policière accrue comme la formule si bien Matthieu Voti sur la page de SOS LaChapelle : « un bon début qui ne remplacera jamais un harcèlement policier intensif ». Beau programme.
Demande aussi d’une intransigeance face à la vente à la sauvette, d’un meilleur système de surveillance, et c’est sans regarder les commentaires sur leur facebook.

On a là toute la logique sécuritaire appliquée à un projet en façade tout choupinou tel le Civic Lab. Pour pousser un peu plus la farce, on peut voir que l’Action Barbès s’acoquine avec SOS La chapelle, qui pour le coup n’aspire pas à karcheriser le quartier mais carrément à le passer au decap’four. Illes étaient à l’origine d’une campagne d’affichage au niveau du square du quartier la Chapelle visant à construire le stigmate d’un quartier dangereux pour pousser les autorités à agir ; ou le citoyennisme fascisé (à ce propos, si ça vous dit, on fait la même action qu’elleux à la cité Montmorency dans le 16ème pour construire l’image d’un quartier de raclure d’exploiteur-e-s, on a déjà le slogan « ici s’organisent et se reproduisent les forces de la violence d’état ») qui tente d’obtenir l’ordre et la paix sociale en forçant la construction du problème public. Pour faire simple, les promoteur-e-s de cette promenade à la con traitent avec les milices de quartier que sont ces associations qui n’hésitent pas à user du terme NO-GO Zone pour parler du 18ème.

Une petite chose au passage, ce n’est peut-être pas en l’occurrence la cible la plus lisible, s’en prendre à une permanence FN ou du GUD c’est rigolo et c’est chouette, mais ici il s’agissait de toute évidence de mettre en lumière le vice de ces nouveaux fachos à la sauce PS qui n’apparaissent pas au grand jour en tant que tell-es. Les initiatives à l’apparence gentillette de ce genre sont autant de cibles évidentes qui méritent qu’on leur apporte un peu de cette chaleur qui caractérise nos passions.

Alors encore oui, on a fêté le cramage de cette installation abjecte qui voudrait nous faire croire que la démocratie ça fonctionne. Le brûler, c’était politiser chaudement la question de la gentrification dans un débat où toutes les parties débattantes se disent apolitiques, neutres, pour et avec les habitants à la légitimité auto-proclamée.

Et on rigole bien aussi de certains commentaires qui naturellement accusent les biffins d’avoir brûlé cette gerbasse parfum multi-culturalisme ouvert sur l’extérieur. Continuez de vous questionner car ce ne sont pas eux, à moins que "eux", ce soit tou-te-s celleux qui luttent radicalement contre l’embourgeoisement dont vous rêvez. Ce feu d’hiver, c’est pour nous réchauffer, pour réchauffer celleux qui triment, qui ne savent pas ou dormir par ce froid. Suivez la fumée les ami-e-s.

Pour finir merci à boxon noir qui a saboté récemment une antenne relais comme en témoigne leur récit sur Paris Luttes, aux voisin-e-s en tongs dans la nuit étoilée et à tou-te-s les saboteur-e-s des tentatives de gestion de nos vies et d’organisation de nos espaces. Et tou-te-s celleux qui sabotent dans l’ombre, là où on ne les attend pas, soyons incontrôlables…

Soutien encore aux migrant-e-s expulsés de partout, déplacés, dispersés, aux biffins, et à celleux qui venaient trouver un peu de paix dans les squares de la Chapelle, aujourd’hui occupés par ces pôles collaboratifs tartiné à la bien-pensance, noyeur-e-s de poisson, sac à foutre endimanchés, lécheur-e-s de cul du pouvoir et de l’ordre.

Entendu ailleurs :

Nous revendiquons le désordre vivant comme seul moyen rationnel de laisser se produire un paysage

Et quoi de plus rigolo que de faire ça un soir de grand rdv politique à la con, dimanche dernier, lors des primaires d’un parti parmi les autres :p

Enfin, nous invitons à perturber tous les rassemblements organisés par le Civic Lab, SOS La Chapelle, ou encore Action Barbès.

Allez, à la prochaine autour d’un bon feu de ville !

Les réchauffé-e-s dans la nuit noire

 - 46 ko

Publiez !

Comment publier sur Paris-luttes.info ?

Paris-luttes.info est ouvert à la publication. La proposition d'article se fait à travers l’interface privée du site. Quelques infos rapides pour comprendre comment y accéder et procéder ! !
Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir
via le mail paris-luttes-infos chez riseup.net