Paris, 11e : l’antisémitisme tue à nouveau

Début avril, une femme a été tuée, à Paris, parce que juive. La lutte contre l’antisémitisme est indissociable de la lutte contre le racisme. L’absence de dénonciation et le relativisme devant ce meurtre de la gauche radicale et anti-autoritaire est effarante : elle participe à la banalisation de l’antisémitisme et laisse à l’extrême-droite le loisir de produire un discours de haine intra-religieuse. Nous ne devons pas rester impassible face à l’antisémitisme !

Au début du mois d’avril, Sarah Halimi, habitante du 11e arrondissement, juive et pratiquante (elle participait à de nombreux événements cultuels) a été assassinée chez elle en pleine nuit et défenestrée par un voisin.
Si les circonstances de ce meurtre ont fait l’objet de nombreuses rumeurs, les voisins ont confirmé avoir entendu crier "Allahu Ackbar" tandis que la famille affirme que Sarah Halimi était l’objet de nombreuses insultes antisémites de la part de son futur meurtrier [1].

Ce meurtre est clairement un meurtre antisémite. Il ne s’agit pas d’y voir une radicalisation islamiste (le CRIF même a écarté cette hypothèse) même si le meurtrier, d’origine malienne, était musulman (quoique peu pratiquant). Même cet appel à Dieu (takbîr) est une expression très courante qui ne dit rien des motivations de l’assassin....

Ce meurtre est un acte raciste, antisémite, qui tire son origine de l’antisémitisme quotidien et banalisé, produit du mensonge, de la paranoïa et des rumeurs qui ont été produites depuis des siècles et encore largement relayées de nos jours par les puissants ou les opportunistes, de l’État tsariste et l’Église catholique aux complotistes, soraliens et compagnie, salafistes ou encore certains groupuscules sous prétexte de soutien au peuple de Palestine.

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Le relativisme serait de considérer que le meurtrier était fou, déséquilibré, pyschologiquement fragile (et donc impossiblement antisémite). C’est sûrement le cas. On pourrait classifier de nombreux meurtriers ainsi. Il ne s’agit pas d’être juge ou procureur. Les motivations du meurtrier n’étaient peut-être pas de "tuer du Juif", mais il a tué une juive, en sachant qu’elle l’était, et quelles que soient les raisons qui l’ont poussé à commettre un tel acte, son choix s’est porté sur un acte antisémite. L’acte peut être idéologique sans stratégie idéologique.

Nous sommes consternés, non pas par le "silence médiatique" dont se plaignent les médias dominants (!) [2], mais par le silence de la gauche radicale et des anti-autoritaires qui n’ont pas eu un mot pour Sarah Halimi, victime de l’antisémitisme. Cette gauche radicale et anti-autoritaire n’a pourtant pas toujours été atone sur le sujet, et depuis l’affaire Dreyfus, la lutte contre l’antisémitisme était une composante forte de la solidarité internationale et de la lutte contre tous les racismes. Or depuis plusieurs années maintenant, ces composantes progressistes sont devenues complètement muettes sur le sujet. Le cas le plus symptomatique est la séquestration et le meurtre sordide d’Ilan Halimi. L’association Memorial98 revient sur ce grand silence. Mais ce silence a été également de mise durant les assassinats ciblés de l’affaire Merah et de la prise d’otage antisémite de l’HyperCacher. À de très rares exceptions près, les groupes d’extrême-gauche sont restés discrets sur le caractère raciste de ces tueries.

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Le fait que cette affaire soit prise en main par la droite et l’extrême-droite juive ne doit pas être un frein à la dénonciation du caractère antisémite de ce meurtre et à la lutte acharnée contre l’antisémitisme. Ils ont raison de dénoncer cet antisémitisme, même si tout nous sépare sur d’autres sujets.

Que l’extrême droite blanche se sente pousser des ailes, se voie en défenseur des Juives et des Juifs contre les barbares musulmans ne nous feront pas oublier qu’elle est le principal vecteur de l’antisémitisme et que son histoire est jalonnée de pogroms, attentats, meurtres et agressions, de profanations de cimetières et de dégradations de monuments commémoratifs, de participation active au génocide des Juifs et de collaboration avec le régime nazi, de négation ou de relativisme concernant la Shoah, de pourvoyeurs de rumeurs folles et de mensonges sur les Juives et les Juifs. L’extrême droite française manipule la question de l’antisémitisme pour asseoir leur nouveau dada : l’Islam et les musulmans. Mais ne nous y trompons pas le fond idéologique reste profondément antisémite. L’actuelle paranoia et obession de l’extrême droite à propos des musulmans n’a rien à envier à celle des ligues factieuses des années 30.

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À Sarah Halimi et à toutes les victimes de l’antisémitisme.

Des participants à Paris Luttes Info

Notes

[2Par exemple :

  • Cette vieille dame assassinée qui panique la communauté juive et dont on parle peu, Slate, 7 avril 2017
  • Paris, 11e arrondissement : omerta sur un crime antisémite, Marianne, 28 mai 2017
  • L’appel de 17 intellectuels : « Que la vérité soit dite sur le meurtre de Sarah Halimi », Le Figaro, 1er juin 2017

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