Nous ne nous tairons plus - la passivité c’est la mort

Voici un texte qui s’était égaré dans des fonds de tiroirs. Un texte lu à de nombreuses voix en AG lors du « camp anti-capitaliste et anti-autoritaire de Bure » (VMC), en aôut 2015. Ce texte a été écrit pendant une discussion sur le "camping non-mixite" (sans mecs cis), et lu en AG avec des personnes de la "tente LGBTIQ". C’était il y a un an. Il n’a pas été publié depuis. Nous le publions aujourd’hui pour qu’il puisse en rester une trace.

Trop souvent niés dans un milieu qui se dit anti-autoritaire, il existe des comportements sexistes, transphobes, homophobes, lesbophobes, racistes. Nous venons ici visibiliser des situations qui n’ont pas leur place dans ce camp.

Mardi soir, comme chacun.e sait, une hystérique bourrée a foutu sa merde en interrompant un concert qui reprenait la chanson d’un homme qui avait juste tué sa bonne femme. Ceci est la rumeur, voici la réalité :

Quelques personnes ont été choquées, énervées d’entendre le groupe du concert reprendre une chanson interprétée par un agresseur, et tueur de meufs [ndlr : Bertrand Cantat]. Elles ont fait savoir au groupe leur refus qu’ils et elles continuent à jouer. Le groupe a méprisé cette intervention en jouant fort pour couvrir ce qui était dit en monopolisant les micros, en reléguant cette situation à plus tard.

Devant la détermination des personnes, le batteur du groupe a rétorqué : « il n’y a pas de preuves qu’il l’ai buté », « on est dans un pays libre, les flics ne m’arrêtent pas, c’est pas toi qui va commencer ».
Quand il leur a été dit que c’était un camp politique, ils et elles ont répondu : « On est là pour jouer de la musique, on continue ».
Tout ça sous les cris et interpositions d’une dizaine de mecs cis hétéros du public qui demandaient à ce que les gen-te-s arrêtent de faire chier et à ce qu’on laisse continuer le concert.

Étant donné le manque de soutien à l’intérieur du concert, les personnes ne souhaitant pas laisser le monopole des micros et de la parole à ce groupe ont décidé de débrancher le groupe électrogène, interrompant le concert.

S’ensuivirent des interventions physiques et verbales d’injonctions à se « ressaisir », à ne pas être trop radicales. On a entendu « c’est fasciste », « t’es bourrée », « on s’en bat les couilles qu’il ait tué sa meuf », « ça va trop loin », « les antifas sont plus fascistes que les fascistes ».

Là où on aurait pu attendre un soutien de personnes militantes, on s’est retrouvées face à un véritable lynchage. Le lynchage ne s’est pas arrêté au soir-même, puisque le lendemain matin, une rumeur avait fait le tour du camp. La rumeur a totalement occulté l’aspect sexiste, la situation patriarcale vécue ce soir-là, dépolitisant l’action. Nous questionnons alors la responsabilité collective de ce camp.

OOOOOOOOOO

Mais cet événement n’est pas isolé et s’inscrit dans une réalité de domination systémique bien présente sur ce camp. Les agressions, qu’elles soient verbales, physiques ou plus insidieuses sont constantes, même dans ce lieu qui se veut anti-autoritaire et contre toutes formes de hiérarchies.

Toi, mec cis blanc, tu te dis anarchiste révolutionnaire, radical, anti-sexiste et anti-raciste, mais tu ne l’es que pour avoir plus de gueule.

  • Tu agresses, oppresses, et tu viens à des discussions non-mixtes.
  • Tu te réappropries des luttes et oppressions que tu ne subis pas.
  • Tu coupes la parole où tu te la réappropries car dans ton esprit c’est mieux dit quand ça sort de ta bouche ; ton point de vue n’est pas plus important, tu occupes l’espace pour rien, ça gonfle.
  • Tu te mets torse-poil mais tu instaures un climat qui fait que seul toi peut le faire.
  • Tu banalises tes blagues racistes, transphobes, homophobes, lesbophobes, sexistes ; étrangle-toi avec.
  • Tu prononces les mots « enculé », « fils de pute », « salope » comme si tu en ponctuais tes phrases.
  • Tu me dis hystérique quand j’exprime mon opinion avec une rage légitime.
  • Tu crois que je fais du shopping, mais je prépare la révolution.
  • Tu considères que quand je fais une erreur c’est parce que je suis une meuf.
  • Tu te permets, en bon dominant, de donner des leçons de féminisme.
  • Tu juges les gen-te-s par rapport à une norme sociale que tu prétends déconstruire.
  • L’ultra masculinité est ta norme et tu en contamines tous les aspects du militantisme.
  • Tu n’hésites pas à virer des soraliens mais quand une oppression sexiste se présente tu n’envisages même pas de réagir. Après tout, c’est une lutte secondaire.
  • Tu te dis anti-carcéral et t’opposes donc à l’exclusion des agresseurs et tu perpétues leur violence en imposant la loi du silence.
  • Tu gerbes les pratiques inquisitrices de la justice mais demande des preuves et dénigre le ressenti des opprimé-e-s.
  • Tu kiffes le sabotage mais tu le qualifies de pratique fasciste quand ça t’arrange.
  • Ta solidarité masculine t’amène à défendre un groupe de musique capitaliste dans un camp anti-capitaliste. [ndlr : Noir Désir]

Face à ce type d’agressions, le silence et le manque de réactivité se fait complicité. On en a marre qu’on nous reproche un manque de diplomatie et qu’on nous assigne de nouveau à ce rôle de douceur maternelle, de compréhension, de pédagogie et d’écoute bienveillante qui nous seraient innées. La violence est bien présente mais nous n’en sommes pas à l’origine, et nous n’hésiterons pas à riposter de la façon aussi radicale qui nous conviendra. Nous avons déjà été trop patient-e-s, la passivité c’est la mort.

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