Les bougies de la République – Allers et retours

J’ai déposé des bougies place de la République ... puis je les ai lancées

La COP 21 C’est du vent ! Qui peut croire qu’un événement organisé, subventionné et publicisé par les plus gros pollueurs de la planète puisse changer la donne ? Cela faisait longtemps que je prévoyais d’être présent sur la place de la République le dimanche 29 Novembre. Mais ça, c’était avant, avant ce foutu vendredi 13.

J’ai déposé des bougies sur la place de la République

Au départ c’est une longue suite d’horreurs, des morts de Rémi Fraisse, l’automne dernier, à celles du 13 novembre en passant par celles de la première quinzaine de janvier. Mais là ça se rapproche. C’est des copains de fac qui habitent dans le quartier, des noms de rues et de bars qui évoquent des souvenirs, des habitudes, des « putain j’étais là hier », des « ouf, j’ai failli aller à ce concert ». C’est des connaissances qui sont blessées, des mauvaises nouvelles qui s’amoncellent comme des cadavres sur un trottoir. Les yeux des potes qui racontent les horreurs qu’ils ont vues, d’autres que je remercie pour une fois de leurs éternels retards. Bref c’était chez moi et c’était les miens ! Sous le choc, je souhaite faire le geste le plus minime qui soit, qui réchauffe, qui relie. Aller me recueillir, ma manière de faire le deuil : je dépose une, deux, dix bougies, pour soi, pour les potes qui l’ont vécu et pour ceux qui sont loin.

Puis vient la rage, les « pourquoi chez nous, pourquoi pas à la Défense ou dans le XVIème, là où les fripouilles fanfaronnent, pourquoi, pourquoi… ? ». Et je réfléchis, j’en parle autour de moi : notre génération n’est-elle pas sur une ligne de crête ? Une part qui s’enivre du peu qui lui reste pour s’oublier autant que pour se tenir chaud : faire la fête, se noyer dans la musique, les rires, l’alcool et autres drogues de synthèse.. Et l’autre pour qui demain c’est loin, la génération sacrifiée que chantent Rohff et IAM. Ceux pour qui il n’y a plus de lumières dans la nuit. Peut-être est-ce ce qui différencie les kamikazes et leur noir nihilisme de leurs victimes ; celles-ci avaient encore des lendemains en tête.

J’ai jeté des bougies sur la face de la République

Puis arrive ce foutu état d’urgence. Et si peu de monde pour s’offusquer franchement d’un tel coup de force policier. L’interdiction de manifester, puis cette demande du pays des droits de l’homme de dérogation pour ne plus les respecter. Un grand n’importe quoi qui rappelle les révoltes de 2005, les manifs pro-palestiniennes interdites, une escalade qui progresse et la température qui augmente d’un coup.

Bravant d’urgence l’état qu’il nous était ordonné d’avoir – chez soi, isolé et silencieux – je me rend place de la République où l’on se retrouve entre clowns, vélo-ampli, zadistes, chômeurs, professeurs, étudiants, sans remords, énergiques malgré tout, pleins de défi, riant des modestes et géniaux « A Notre-Dame-des-Landes ils ont raison, la COP 21 c’est du bidon » ou « si on n’marche pas, ça ne marchera pas ». Tout le monde garde son calme pendant 3 heures avant que ne s’envenime progressivement le climat. Quelqu’un s’égosille : « ça tire au flashball ! ». La peur ; puis, à la vue des multiples explosions de grenades lacrymogènes, la rage qui monte en moi. Le réflexe est rapide : je saisis l’un de ces luminaires déposé quelques jours plus tôt, et le balance sur les gendarmes mobiles qui nous font face, m’imaginant sans illusions les étriller. Mais qu’est-ce qu’une bougie contre un bouclier face à l’explosion d’une lacrymo en pleine jambe ? Qu’est-ce qu’une chaussure qui s’en va taper les pieds surprotégés des robocops face à une blessure par flashball ? Le degré de violence est toujours fixé par le plus armé, les images le montrent, quoiqu’en disent les pitres de BFM.

Le soir, je suis consterné de revoir mis si en avant l’insaisissable figure du « casseur ». Pourtant ce sont les bottes de ce cher État français qui ont piétiné et souillé le street memorial. Aujourd’hui, si certains d’entre nous sont masqués et vêtus de noir, c’est par habitude de la répression, pour éviter le fichage systématique et assurer notre propre sécurité. Celle des autres aussi, les non-violents-revendiqués qu’on essaye de dresser contre nous. C’est nous qui leur avons fourni du maalox pour qu’ils puissent respirer, c’est nous qui leur avons donné du sérum physiologique pour qu’ils pleurent moins, ce sont nos bras qu’ils ont serrés pour qu’on reste ensemble face aux forces de l’ordre.

À la génération de mes parents qui me lisaient Matin Brun quand j’étais môme : j’ai l’impression de vivre cette histoire en vrai. Sauf que là, je ne resterai pas sans rien faire. Alors à tous les endormis, les vieux et les flippés : sortez de vous-mêmes, émouvez-vous toujours, mais arrêtez de nous juger. Car c’est nous qui mourrons, c’est nous qui luttons !

P.-S.

(Génération) Petit-Cœur

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