Le gouvernement allemand bloque Indymedia - Ce que cela signifie et que faire

Le gouvernement allemand a fermé le site Indymedia Linksunten, la plate-forme de langue allemande la plus utilisée pour la politique et l’organisation radicale. Ils ont également mené des raids à Fribourg pour saisir des ordinateurs et harceler celle-ux qu’ils accusent de maintenir le site, au pretexte absurde que les supposés administrateur-ices forment une organisation illégale dans le but de détruire la Constitution Allemande.

Cela représente une escalade massive de la répression de l’État contre ce que les autorités appellent « l’aile gauche de l’extrêmisme », insinuant une équivalence entre celle-ux qui cherchent à construire des communautés hors de portée de la violence de l’État et des néo-nazis s’organisant pour mener des attaques et des meurtres comme ceux de Charlottesville la semaine dernière [1].

Indymedia a été fondé en Allemagne en 2001 sous le nom de de.indymedia.org ; une deuxième version est apparue en 2008 sous le nom de linksunten.indymedia.org. Cette dernière a été fondée pour se concentrer sur la politique radicale dans le sud de l’Allemagne, mais est rapidement devenue le site web le plus utilisé par les militant-e-s germanophones. Comme la page originale d’Indymedia allemande devenait techniquement dépassée et submergée par le trollage, de plus en plus de personnes passaient à linksunten.indymedia.org. En 2013, de.indymedia.org était presque fermé parce qu’il n’y avait pas assez de personnes impliquées [2].

Au cours des deux dernières années, l’attention s’est de plus en plus cristallisée autour de linksunten, qui offre un espace pour que les personnes publient anonymement. Par exemple, en 2011, un communiqué est apparu [3] sur la plateforme qui revendique la responsabilité du sabotage à motivation politique sur l’infrastructure du métro à Berlin. Le site a également été utilisé pour publier des informations sur les fascistes et les néo-nazis. En 2016, un article sur linksunten a révélé les données complètes de chaque participant à la convention du parti nationaliste d’extrême droite Alternative for Germany (Alternative für Deutschland, ou AfD), un total de 3000 noms. Cela a d’avantage attiré l’hostilité des défenseurs d’extrême-droite et de la répression d’État.

Avant que le sommet du G20 2017 [4] ait lieu à Hambourg, les médias mainstream commençaient déjà à se concentrer sur linksunten, déclarant que c’était la page de coordination des manifestants anti-G20. L’AfD a lancé une campagne contre la plate-forme, poussant à des enquêtes sur Indymedia au Parlement fédéral et essayant de forcer les gouvernements locaux à interdire la plate-forme et d’autres formes d’infrastructures radicales [5].

Tout cela a construit la situation actuelle : le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière a interdit le site le 25 août, juste avant l’élection. L’État a attaqué cinq lieux, y compris un centre social, à Fribourg, ce qui a placé la ville entière sous contrôle policier pour cette journée. Au cours des raids, ils auraient trouvé des lances-pierres et des tonfas, qu’ils utilisent maintenant pour justifier un peu plus leur propagande sur le terrorisme [6].

En fait, Thomas de Maizière poursuit l’ordre du jour de l’extrême-droite et des fascistes allemands, ainsi que les objectifs répressifs de la AfD.

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"S’ils viennent pour nous ce soir, vous pouvez être sûr-e-s qu’ils viendront pour vous le matin."

Bien sûr, celle-ux qui maintiennent le site Web n’ont pas elles-ux-mêmes écrit quoi que ce soit qui pourrait offrir des motifs juridiques pour cette attaque. Même les plateformes des médias mainstream offrent aux gens la possibilité de parler de manière anonyme - par exemple, lorsque les membres du Département d’État parlent à la presse sous réserve d’anonymat. L’excuse que l’État utilise pour justifier cette attaque est de déclarer que celles-ux qui maintiennent Linksunten sont une organisation officielle visant à détruire la Constitution allemande. C’est une astuce juridique. Si cela réussit, elle pourrait facilement être utilisée contre d’autres plateformes, magazines et projets, afin que tous celles-ux qui diffusent une littérature et des idées radicales et qui documentent l’activisme et les mouvements sociaux deviennent des cibles pour ce type de répression et de violence d’État. C’est le message qu’ils veulent envoyer, afin d’intimider toute la population pour accepter que l’ordre politique actuel en Allemagne persistera jusqu’à la fin des temps.

Cette approche répressive montre combien les autorités redoutent que les idées radicales se propagent et deviennent contagieuses suite aux manifestations réussies contre le sommet du G20 en juillet [7]. Thomas de Maizière a clairement précisé dans sa conférence de presse que cette attaque contre Indymedia est une forme de revanche pour l’affront que l’État a subi lors du sommet. Cela montre aussi combien la rhétorique de l’extrême-droite et de l’État est malhonnête concernant la liberté d’expression.

En fait, ces hypocrites n’utilisent ce discours que pour se positionner afin de supprimer le discours des autres. La solution contre les fascistes qui s’organisent n’est pas de donner à l’État les moyens de contrôler la parole, mais de mobiliser la population à la fois contre les fascistes et contre l’infrastructure de l’État que l’extrême-droite a l’intention de récupérer.

En Allemagne et partout dans le monde, nous avons besoin de théories et de pratiques radicales ; nous avons besoin d’espaces où les gens peuvent communiquer anonymement, afin de ne pas être intimidés par les menaces jumelles de la répression de l’État et de la violence de la base fasciste [8]. Afin de comprendre les mouvements sociaux et les luttes, pour que notre sens de l’histoire ne soit pas balayé dans un torrent d’éphémères, nous avons besoin de bases de données qui préservent les comptes et les communiqués. Comme un auteur l’a une fois exprimé, la lutte de l’humanité contre le pouvoir autoritaire est la lutte de la mémoire contre l’oubli. Pour répondre à cette répression autoritaire, il est plus important que jamais de répandre les matériaux et les idées révolutionnaires partout et de réfléchir aux façons alternatives de communiquer les uns avec les autres et avec le grand public en période d’intensification de la censure et du contrôle de l’État. Plus chacun.e d’entre nous assumons un rôle dans cette tâche, plus nos réseaux seront décentralisés et résilients.

L’attaque contre Indymedia fait partie d’une offensive beaucoup plus grande contre les infrastructures radicales. À Hambourg, plus de 30 personnes sont en prison depuis le G20 en juillet, allez les soutenir : https://unitedwestand.blackblogs.org. Pour Indymedia aussi, il y aura bientôt des pages de soutien. Nous les publierons ici lorsqu’elles apparaîtront.

P.-S.

Traduction en français d’abord publié sur Indymedia Nantes
Publication originale en anglais sur le site de crimethinc.com
L’atelier médialibres et et Indymedia Nantes suivent les derniers événements et traduit un certain nombre de texte en français.

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