L’embuscade du TGI de Bobigny

Suite au viol de Théo par des flics. Une colère légitime s’est exprimée contre la police et la justice. La répression étatique ne s’est pas fait attendre : dix-sept personnes passaient devant leurs juges, ce mercredi.
Des camarades étaient au tribunal de Bobigny en solidarité avec les familles et les proches. Récit de la journée.

Tellement de choses au tribunal de Boboche ce mercredi 8 février.
Mais comme une grande mascarade quand même.

C’était d’abord les onze mineurs qui passaient le matin devant le juge pour enfants, avec ou sans éducs, pendant que les journalistes charognards installaient leurs gros flashs, que les familles attendaient secouées, face au vide qu’impose l’absence de son enfant et l’inconnu vers lequel ils va falloir le suivre. Le tribunal et toutes ses larmes.
Une des plus grosses journées de l’année chez les mineurs. Ils ont finalement tous été considérés comme « témoins assistés ». Autrement dit, les « faits d’embuscade » n’ont pas été retenus contre eux. Un dossier fragile, des preuves discutables, aucun acte condamnable.

Mais ça a aussi été, juste après, les six comparutions immédiates des 6 jeunes majeurs interpellés le même soir à Aulnay-sous-Bois lundi dernier, pour la même affaire, le même dossier. Un dossier qui concerne 17 adolescents en tout, sous des accusations pour le moins vagues, toutes basées sur un seul procès verbal dont la date est erronée : les jeunes ont été « rabattus » au centre de la rue centrale de la cité par la police, contrôlés puis embarqués. Ils comparaissent le surlendemain. Pour ce qu’ils allaient commettre - selon les « forces de l’ordre », donc Madame la Juge.

Il y avait toutes ces mamans qui espéraient voir leur fils comparaître, sans nouvelles d’eux. Elles sont restées de 13 heures à 21 heures à l’audience, en vain. Parfois paniquées, sans nouvelles depuis plus de 24 heures. Toutes les familles de ceux qui passaient à la barre, atterrées, parfois cyniques. Une baveuse commise d’office. La détermination des jeunes à expliquer les faits, l’injustice de cette situation, et leur insistance a décrire les projets qu’ils ont pour leur avenir, les études qu’ils font, leur vie d’adulte qui se profile à peine. Et tout ce qu’une condamnation pourrait briser. La proc’ qui rappelle les pressions sois-disant politico-médiatiques. La Justice serait en difficulté suite au contexte qui sur-médiatiserait l’histoire de Théo.

Mais la Juge ne prend pas en compte le fait que toutes ces familles sont d’abord très inquiètes pour ces jeunes, embarqués par la police depuis 48 heures, après ce qu’a subi Théo quelques jours avant. Le maternalisme souvent méprisant de la juge, ses a-priori sur la cité des 3000, des avocats qui pataugent. L’aberration d’un procès basé sur l’accusation d’avoir eu un projet qui ne serait pas arrivé à terme. Dans un contexte ou la police a été débordée le même soir, et n’a interpellé aucune personne en flagrant délit. Ou plutôt l’aveu que la police n’a pas réussi à le faire : c’est alors aux interpellés en marge des événements qui devront répondre de cette soirée, où ils n’étaient pas, ayant été interpellés en début de soirée. D’ailleurs, ces jeunes avaient manifesté a visage découvert l’après-midi avant leur interpellation, avec les mamans du quartier.

L’argument d’une brouette pleine de pierres a proximité qui prouverait que c’était leur projet : attaquer la police. L’éclairage public éteint dans la cité, qui serait de leur faute, même si personne ne sait l’expliquer. On comprend bien vite que c’est surtout l’humiliation vécue par la brigade et ses renforts ce soir-là dans la cité qu’ils vont essuyer, qu’ils soient ou non les responsables des violences : la police a été débordée, la situation est très médiatisée, et le président de la République à rendu visite à Théo. Ce « débordement » légitimerait d’ailleurs l’utilisation des armes de service des policiers, chacun a plusieurs reprises, jusqu’à neuf balles tirées en l’air un peu après leur arrestation. Et les peines de ces jeunes malgré un dossier très, très léger. Au point de s’être trompé de date sur le PV.
Le seul qui comparaissait pour « port d’arme » (une pierre) a été relaxé. Pour les autres, c’est beaucoup, beaucoup plus amer. Pour trois d’entre eux, ils ont pris six mois de sursis et une interdiction de port d’arme. Pour les deux autres, qui avaient déjà un casier judiciaire, 6 mois de prison ferme. Sans mandat de dépôt, comme si c’était une fleur.

Tout le monde est abasourdi. Les avocats étouffent les envies des familles de faire appel, les dissuadent dans les couloirs. On sort vite, les jeunes vont pouvoir être libres, même juste un tout petit peu. On parle d’aménagement de peines et de vies gâchées à cause de « salir le casier des jeunes pour donner l’exemple ». On se rappelle les grands rêves de ces jeunes hommes et de ce spectacle auquel on a assisté sans pouvoir rien faire, qui aura de lourdes conséquences. La plupart des familles ne savaient pas que leurs enfants comparaissaient ce jour-là, ou l’ont appris le matin même.
Très vite, les flammes éclairent la nuit au centre commercial tout proche. Deux voitures en feu et des pompiers. Un attroupement, des cris. De la fumée à perte de vue.
Oui, vraiment, l’injustice, ça brûle.

Trouvé sur le site Quartier Libre

P.-S.

Important : les comparutions immédiates continuent au TGI de Bobigny suite aux différentes interpellations à Aulnay-sous-Bois ou aux alentours. La présence de soutiens est vraiment indispensable. Ne laissons pas les familles seules dans cet engrenage infernal.

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