G20 Hambourg : contre le spectacle du pouvoir

Contribution à la réflexion sur les contre-sommets à l’approche des journées d’Hambourg.

Il ne vous aura pas échappé que cette année le sommet des 20 gouvernements les plus puissants du monde, autrement dit G20 se déroule à Hambourg. Nous souhaitons ici apporter une contribution à la réflexion sur la pratique des contre-sommets, développer ce qui y est prévu, et pourquoi nous y allons.

Contre les contre-sommets

Nous connaissons tous de près ou de loin ce qu’est un contre sommet. Nous sommes nombreux à avoir entendu parler de Gênes et sa violence policière terrible mais aussi son niveau de combativité rarement égalé, ou de Seattle en 1999.
Pour rappel, en 1999 le sommet de l’OMC a été annulé à cause des manifestations et actions directes. Lors du contre sommet se sont cotoyées de nombreuses pratiques de luttes différentes (parfois avec difficulté comme des manifestants « non violents » agressant des participants au black bloc réalisant un acte de sabotage) et un large éventail d’opinions politiques, de subjectivités mais aussi de groupes et d’organisations divers. Si le sommet de l’OMC a pu donner une visibilité très forte à la tactique du black bloc et propulser sur le devant de la scène les mobiliations internationales contre ces sommets spectaculaires, symptomatiques d’une domination sociale au niveau mondial, cela a aussi créé une forme de ritualisation de ces évènements courts. Ritualisation des manifestations "pacifiques" ou pacifiées, des espaces de discussion, comme des pratiques émeutières, apparition de leaders et d’une dialectique mais aussi diffusion d’idées anticapitalistes à plus grande échelle et solidarités pratiques concrètes, même temporaires, expériences communes fortes... C’est aussi là qu’est née la dissociation – le fait de se dissocier d’autres pratiques militantes et participer de la séparation du bon grain de l’ivraie – sans pour autant être forcément majoritaire à chaque contre-sommet.
En réaction, les sommets ont aussi été organisés souvent loin des centres-ville, là où se dérouleront quelques combats à grand renfort de lacrymos et d’une police militarisée, voire carrément de l’armée pour empêcher les récalcitrants d’entrer dans la « zone rouge ».
Ajoutez à cela les nombreux policiers infiltrés et un affinage des tactiques répressives à chaque contre sommet, et vous comprendrez bien pourquoi certains refusent d’y aller.
Ce qui s’y joue est aussi un test grandeur nature de procédures exceptionnelles, justifiées souvent par le « risque d’émeutes », ayant pour but d’être la procédure normale à l’avenir.
Pour autant, d’autres éléments nous poussent à y aller et méritent discussion.

Hambourg

Troisième port d’Europe, 26ème port mondial en 2011, le port de Hambourg voit passer chaque année plus de 132 millions de tonnes de marchandises. Il est le neuvième port à conteneurs du monde. 10 000 employés travaillent au port, avec un chiffre d’affaires annuel de 44 millions d’euros. Le port concerne plus de 150 000 emplois directs à Hambourg, la ville comptant 1,77 millions d’habitants.
C’est aussi une ville en pleine mutation avec des grands projets coûteux tels la Hafencity, et une gentrification accélérée.
Mais c’est aussi une ville atypique, le port reste un bastion syndical fort, comme celui du Havre, et les lecteurs de Maintenant ont en tête une certaine idée du syndicalisme particulier à la configuration sociale des lieux. C’est dans cette ville que s’est développé un ensemble de quartiers atypiques (St Pauli, Sternschanze et karolinviertel), fort de luttes et de résistances, où le mouvement des squats a eu une résonnance particulière. Certes, aujourd’hui beaucoup sont devenus des « house projects » ou squats légalisés. Mais certains lieux maintiennent une radicalité depuis parfois trente ans comme le Rote Flora. Ce dernier a souvent été défendu par les manifestations les plus puissantes d’un black bloc allemand ces dernières années, notamment le 21 décembre 2013, suite à une menace d’expulsion.

Le FC Sankt Pauli n’aime pas le G20

Le club de football joue ici un rôle très particulier, ouvertement antiraciste, voire carrément antifasciste, seul stade au monde où flotte le drapeau LGBTQI, jouant d’un merchandising digne de grands groupes capitalistes, mais lui permettant aussi une indépendance certaine et le financement de nombreuses actions locales, comme un club de réfugiés, le FC Lampedusa, un tournoi de foot antiraciste, des concerts, les billets offerts pour les migrants. Le stade est complet à chaque match, alors que l’équipe est au fin fond de la deuxième division. Nous avons là une expérience de sport populaire et politique, lieu d’exercice et d’organisation de solidarités actives mais aussi de luttes.
Le stade a été prêté pour l’organisation d’une Assemblée Générale internationale de préparation des manifestations contre le sommet. Les supporters ultra ont organisé une manifestation sauvage contre le G20, partie du stade.
Cela ne serait pas imaginable dans d’autres endroits du monde. Vous voyez le stade Jean Bouin ou le Parc des Princes utilisés pour organiser la contestation de la Cop 21 ?
Le lieu principal du sommet se situe à quelques centaines de mètres du Millerntorn-stadion, chaudron hautement réputé tant dans les milieux du football que chez les militants antifascistes.

Contre le spectacle du pouvoir : perturbons le sommet !

Il est clair que le contre-sommet peut sembler une comédie se rejouant à chaque sommet. Pour autant, si le sommet se passe sans accroc, quelle serait l’étape suivante  ? Un G7 a Exarchia ?
Doit-on laisser s’installer tranquillement les « grands de ce monde » dans un endroit si particulier ?
Doit-on laisser les solidarités locales subir une telle répression, une telle démonstration de force ? Doit-on laisser des camarades prendre des risques et en subir les conséquences seuls, au risque d’amoindrir la vie sociale et politique locale, d’annihiler les résistances à la gentrification ?

PNG - 907.7 ko

Un blocage du port aurait des répercussions très fortes, tant sur la ville que sur l’économie, à l’échelle européenne autant que mondiale. Et vu le nombre de journalistes présents, elle ne passerait évidemment pas inaperçue. Et quelle propagande par le fait !
Quand bien même, l’oeuvre de propagande fera son pernicieux travail de manière forte, d’autres ailleurs dans le monde pourraient y voir un peu d’espoir. Il y a là peut-être une opportunité tant pour découvrir les réalités d’un quartier à part que pour marquer les esprits, nourrir les révoltes, renouer des solidarités, expérimenter, se dépasser, vivre, exister, aimer, contester, et y donner un écho rare.
Les événements de Seattle en 1999 ont, malgré tout, permis de diffuser la pratique du black bloc et réveiller les velléités révolutionnaires d’autres, à l’autre bout de la planète. Ce n’est pas pour rien que le slogan « tout le monde déteste la police » est maintenant chanté en français dans les cortèges italiens. A l’heure de GAFA (Google Apple, Facebook, Amazon), certaines frontières disparaissent mais d’autres naissent, plus perverses et moins visibles, et une perturbation du spectacle du pouvoir aurait un rententissement certain. Quelles en seraient les conséquences concrètes ? Nul ne peut le prédire.
En effet, une perturbation spectaculaire du sommet relèverait aussi de la société du spectacle. Elle resterait limitée dans le temps et ne serait évidemment pas en mesure, à elle seule, de renverser le capitalisme à l’échelle du monde. Nous ne croyons pas (ou plus) au grand soir, mais plutôt à la multiplication des brèches, à l’expérience et la fabrique du commun, à des apprentissages, des découvertes, des expérimentations et des luttes. Et une telle perturbation, spectaculaire, tout critiquable qu’elle puisse être, est aux yeux de certains d’entre nous, une possibilité, peut-être une brêche plus forte. La pratique du black bloc ne s’est développée en France qu’après le sommet de l’OTAN à Strasbourg en 2009. C’est aussi un moment où les étiquettes « violence » et « non violence » ne sont pas définitives, où une action prévue comme citoyenniste, « pacifiste » peut devenir bien plus radicale, et où une action directe radicale peut se retrouver beaucoup moins radicale que prévue et être finalement efficace.

Ce qui est prévu :
Du 2 au 9 juillet, ce ne sont pas les modes de protestation qui vont manquer. Dès le 2 juillet s’organise une manifestation qui se veut "pacifiste" dite "Protestwelle" combo d’une manifestation pied avec pour objectif de produire l’effet d’une marée de drapeaux et manifestation en bateau, sur l’eau. Ca sera aussi l’ouverture des différents campements.
Le 4 juillet au soir se déroulera une fête de rue, une rencontre collective, avec pour but de se déplacer et d’être propice à d’autres actions. Les 5 et 6 juillet, les aficionados de Nuit Debout ou de débats, discussions et ateliers auront le choix entre plus de 70 rendez-vous lors du sommet de la solidarité, avec des intervenants de tout type, d’ATTAC à des combattants du Rojava, en passant par des têtes connues comme Yanis Varoufakis. Le 5 juillet au soir, un autre rendez-vous de type "Reclaim the streets" est prévu avec comme mot d’ordre "Nuit, Danse, Manifestation : Tout pour tous".
Le 6 juillet au soir, une manifestation autonome est appelée depuis le Fischmarkt de St Pauli "Welcome to Hell", elle se dirigera vers la zone rouge.
Le 7 juillet, il s’agira de reprendre la ville : blocage du port, de sites polluants, des sites de la zone rouge, manifestation des organisations de jeunesse, performances artistiques, occupations et manifestation révolutionnaire ...
Enfin, le 8 juillet, tout le monde se rejoindra pour la grande manifestation de clôture "Solidarité sans frontières" qui se terminera a côté du stade de St Pauli.
Un rendez-vous est prévu le 9 en soutien aux camarades qui auront subi la répression et l’enfermement. Et pendant tout ce temps, d’autres actions auront lieu aux 4 coins de la ville, de très nombreuses activités prendront place dans les campements et les lieux militants.

Ceci est un point de vue, une tribune, une réflexion, mais aussi un appel.
À celles et ceux qui souhaitent découvrir le quartier de St Pauli, à celles et ceux qui ne supportent pas l’idée qu’Erdogan, Trump, Poutine, Merkel et Macron se recontrent dans un tel endroit, à celles et ceux qui veulent faire barrage contre ce spectacle du pouvoir, à celles et ceux qui pensent que c’est une occasion de faire résonner nos luttes, d’échanger avec d’autres, de découvrir d’autres pratiques de lutte, d’experimenter, à celles et ceux qui ne veulent ni des frontières, ni du capitalisme, ni du gouvernement, à celles et ceux qui pensent que les pratiques de luttes sont complémentaires et que l’action de blocage « non violent » de la zone rouge a besoin d’autant de monde que le blocage du port de Hambourg pour mieux diviser les forces de répression, occuper l’espace, à celles et ceux qui étaient à Francfort ou à Milan en 2015 comme celles et ceux qui n’y étaient pas, à celles et ceux qui étaient dans la rue contre la loi « travaille », à celles et ceux qui vont à la zad et ou au notav comme celles et ceux qui n’y sont jamais allés, à celles et ceux qui s’organisent.

Nous sommes de ceux qui s’organisent.

Sabordons le G20 ! Smash G20 !

Calendrier

Infos :
https://www.facebook.com/sabordonslecapitalisme/
https://www.g20hamburg.org/
http://nog20fr.noblogs.org/
https://nog20be.wordpress.com/
http://g20-entern.org/
https://g20tohell.blackblogs.org/
https://antig20berlin.noblogs.org/

Cartes : https://chance-operations.tumblr.com

Où dormir : https://g20camp.noblogs.org/ OU https://g20camp.de

À savoir
Comment gérer avec la police en manif et ailleurs (anglais, très complet) : https://enoughisenough14.files.wordpress.com/2017/05/nog20knowyourenemy.pdf
Conseils de la legal team : https://eahh.noblogs.org/post/2008/05/20/commission-denquete-ermittlungsausschuss-ea/
Autres conseils legal team :https://g20ea.blackblogs.org/fr/
Street Medics : https://g20sanis.blackblogs.org/international/

Publiez !

Comment publier sur Paris-luttes.info ?

Paris-luttes.info est ouvert à la publication. La proposition d'article se fait à travers l’interface privée du site. Quelques infos rapides pour comprendre comment y accéder et procéder !
Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir
via le mail paris-luttes-infos chez riseup.net

}