Face au tri, à l’enfermement et à l’expulsion des migrant-e-s, la lutte comme seule perspective

Un texte d’appel à la manifestation inter-orga « Migrant-es bienvenue » du samedi 26 novembre à 14h Place Stalingrad.

Face au tri, à l’enfermement et à l’expulsion des migrant-e-s, la lutte comme seule perspective

Les opérations menées ces derniers mois par l’État et les municipalités – destruction de la Lande de Calais et expulsion des campements de migrant-es du quartier Jaurès-Stalingrad dans le nord de Paris – comme les nouveaux dispositifs d’« accueil » mis en place par ces mêmes institutions – camps Hidalgo, dispositif Prahda – marquent le franchissement d’un nouveau seuil dans le renforcement et l’intensification de la politique de tri et d’expulsion des migrants.

À Paris, après les opérations de rafles qui se sont succédé pendant tout l’été et à la rentrée, la mairie et la préfecture ont décidé de faire place nette. Le 4 novembre, des centaines de flics et de travailleurs et bénévoles de FTDA (France Terre d’Asile) et d’Emmaüs, de la municipalité et de la préfecture, ont fait monter les migrant-es dans des bus à Jaurès et à Stalingrad pour les déplacer aux quatre coins de l’Île-de-France, sans les informer des destinations où ils/elles allaient être conduit-es et sans leur laisser d’autres choix que celui d’obéir. Une opération humanitaro-policière surmédiatisée avant de laisser place aux pelleteuses et aux équipes de nettoyage.

Ne nous y trompons pas : sous le couvert d’une opération « humanitaire » dite de « mise à l’abri », c’est bien d’une intervention policière dont il s’agissait ce matin-là. Dans les hôtels – où ont été emmené-es « les plus chanceux/euses » –, les gymnases réquisitionnés pour l’occasion ou les centres d’hébergement plus ou moins insalubres, une opération de contrôle et de tri peut se dérouler loin des regards : entre ceux/celles qui auront le droit de déposer une demande d’asile, ceux/celles qui vont se retrouver sous le coup d’une procédure dite de « Dublin » et expulsé-es dans un pays tiers où leurs empreintes sont enregistrées, ceux/celles qui vont être débouté-es de leur demande et en instance d’expulsion.

En parallèle, la mairie de Paris, toujours secondée par les organisations humanitaires qui y voient un marché lucratif, a ouvert son camp pour « primo-arrivants » à la Porte de la Chapelle. Là encore, il s’agit de trier les migrants : au cours des dix jours maximum de prise en charge, un rendez-vous sera pris à la préfecture, lors duquel leurs empreintes seront relevées et entrées dans le fichier européen Eurodac : il sera alors facile d’identifier les expulsables (débouté-es ou dubliné-es) et de disperser les personnes éligibles à l’asile dans des CAO ou Cada à travers la France, pour éviter qu’ils ne soient trop visibles. Ceux qui refuseront le rendez-vous en préfecture retourneront à la rue.

Pour mener à bien sa politique migratoire, l’État s’est aussi doté de nouveaux outils : outre les CAO, centres d’accueil et d’orientation, où ont été déplacé-es les migrant-es de Calais après l’expulsion du camp le 27 octobre, 5 300 places en centres spécialisés devraient être créées dans le cadre du tout nouveau dispositif Prahda. L’objectif de ce dernier est de renvoyer un maximum de personnes « dublinées » en les assignant à résidence après qu’elles auront été identifiées, faisant de ces structures des centres de rétention qui ne disent pas leur nom. Un arrêté du ministère de l’intérieur publié ce mois-ci prévoit même une majoration de 1 200 euros de l’allocation d’aide au retour pour les demandes présentées jusqu’au 31 décembre 2016 ! Ceux/elles qui auront « accepté » l’aide seront transférées dans des centres dédiés, faisant de la place dans les CAO pour les nouveaux arrivants. En incitant financièrement les « indésirables » au départ, le mot d’ordre est bien d’éloigner plutôt que d’accueillir.

Pour ceux et celles qui ne peuvent accéder aux CAO et menacées d’une expulsion, il ne reste que la rue. Mais là aussi l’espace s’est réduit ainsi que les possibilités de rassemblement. Au fil des expulsions de campements, des grilles ont été érigées partout dans le Nord-Est parisien de manière quasi pérenne pour empêcher toute réinstallation des migrant-es et leur signifier qu’ils/elles ne sont pas les bienvenu-es, rendant inaccessibles de nombreuses zones de circulation ou des zones habituelles de socialisation. À ces grilles très visibles s’ajoutent d’autres dispositifs de privatisation des espaces par la mairie, dans le même but, mais de manière plus insidieuse, en installant ici un marché de Noël (Stalingrad), là des bars éphémères (Halle Parole) et ailleurs des « containers écologico-démocratiques » (La Chapelle).

Cela est le résultat des multiples opérations d’expulsion de campements menées depuis juin 2015, appelées cyniquement « mises à l’abri », dont le but est de disperser les migrants et, du même coup, de briser les solidarités naissantes entre migrants et les luttes émergentes.

Pourtant depuis deux ans, les communiqués, les manifestations, les assemblées pour discuter, les occupations se sont multipliées. Dans de nombreuses villes, après l’expulsion de Calais et pour s’opposer aux appels racistes et xénophobes de quelques individus s’opposant à l’arrivée de migrant-es dans leur région, des rassemblements et manifestations ont eu lieu rassemblant des centaines de personnes. À la veille de l’évacuation des campements de Jaurès et Stalingrad, des migrants ont décidé de se réunir pour écrire un communiqué exigeant le respect de leurs droits et s’opposant aux expulsions, et ont appelé à un rassemblement auquel se sont jointes des centaines personnes solidaires.

L’auto-organisation de ces luttes par les migrant-es est une base sur laquelle nous devons nous appuyer pour apporter notre solidarité. Les réflexes humanitaires ne permettent pas de sortir de la situation actuelle (quand ils ne sont pas totalement paternalistes). Seule la construction d’un rapport de force peut la faire basculer.

Cette solidarité doit s’amplifier ! Samedi 26 novembre une manifestation appelée à Paris en solidarité avec les migrant-es à 14h place Stalingrad ; soyons nombreuses et nombreux POUR LA LIBERTÉ DE CIRCULATION, D’INSTALLATION ET D’ORGANISATION, CONTRE LES FRONTIÈRES !

Des personnes solidaires

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Ici, vous trouverez l’appel de l’inter-orga et là un appel de SUD éducation Paris

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