Contre le travail le dimanche, une promenade du dimanche ?

Récit amer du blocage économique de la "Vallée Village", vu par l’auteur comme inconséquent. Explications ci-dessous.

Ce dimanche 15 mai, "une action d’envergure en mode blocage économique contre le travail le dimanche" était appelée via différents réseaux (SMS, Paris-Luttes, Facebook, ...).

Rendez-vous était donné à 13h à Chatelet-Les-Halles sur un quai du RER, direction la Seine-et-Marne, pour descendre à Val d’Europe. Il s’agit d’une partie (horrible) de Marne-la-Vallée, on se croirait dans une fausse ville, on dirait qu’il n’y a que des magasins, c’est ultra-aseptisé, ça ressemble à un mauvais film de science-fiction en mode dystopie marchande...

Il est environ 14h, on doit être 300-400, l’ambiance est plutôt chouette, on déboule rapidement dans l’immense centre commercial et on avance en manif sauvage en gueulant des slogans tout du long : "Dimanche travaillé, dimanche exploité, ça ne peut plus durer, ça va bloquer", "Les patrons ne comprennent qu’un langage : grève, blocage, sabotage" et "Travaille, consomme et ferme ta gueule". Une petite rangée de vigiles essaient de nous stopper en route, mais ils sont rapidement submergés par la foule. La manif en pleine galerie marchande est joyeuse et déterminée (bon y’a pas d’autoréduc’ dans l’air, hein), c’est un moment unique : qui aurait pu croire que ça puisse faire plaisir d’être là ?

À la sortie, on s’arrête et on se retrouve juste à l’entrée de la "Vallée Village", sorte de zone commerciale de luxe qu’on aurait peut-être mieux fait d’envahir... Mais on a suivi l’idée de départ, qui était visiblement de bloquer depuis l’extérieur les portes d’accès à la "Vallée Village".

Au départ, on est tou-te-s agglutiné-e-s sur une entrée, et en voyant que les portes sont fermées par les vigiles eux-mêmes, on se répartit vite fait vers d’autres entrées pour les bloquer également. Mais pas toutes. On a beau être 300 et quelques, on ne profite pas tant que ça de notre nombre.

Il n’y a pas un keuf en vue, les vigiles ne sont pas en mode grosses couilles comme c’est parfois le cas, donc on peut continuer à bloquer tranquillement. À part quelques frictions avec des client-e-s à la masse, on est plutôt à l’aise.

Certain-e-s continuent à gueuler des slogans, d’autres diffent des tracts et/ou discutent avec les gens, et encore d’autres tiennent et/ou fabriquent des banderoles et des pancartes - avec des sacs d’achats Gucci ou Versace (la banderole de tête de la manif sauvage disait "Faisons fleurir un nouveau monde, contre la loi Travail et la loi du capital", sur une autre on pouvait lire "Ils exploitent le dimanche - on bloque"). Bref, il y a de quoi s’occuper !

Mais comme souvent quand il ne se passe pas grand-chose niveau répression, il y a aussi cet éternel aspect un peu mondain où chacun-e discute avec ses potes. C’est pas forcément problématique, mais ça peut aussi nous endormir, nous faire oublier pourquoi on est là... Et loin de moi l’envie d’inciter chacun-e à être un-e militant-e discipliné-e ou j’sais pas quoi, mais bon, quand on vient pour "une action d’envergure en mode blocage économique", on vient pour "une action d’envergure en mode blocage économique", pas pour un pique-nique dominical.

Et puis, avec un peu plus d’implication collective, notre blocage aurait pu être encore plus efficace. Là, on a eu la chance qu’avec franchement peu d’efforts ils se mettent à fermer les portes d’eux-mêmes et à bloquer très rapidement l’accès à tout le monde, y compris bien sûr aux nombreux-euses client-e-s... De toute la "Vallée Village", mais aussi d’une aile entière du centre commercial. Les pertes économiques étaient forcément importantes.

Mais ça fermait à 20h, et on est parti à 16h30, après à peine 2 heures de blocage effectif.

Pourquoi ? Je me le demande encore... Comme si on n’avait pas pris cette action au sérieux. Comme si on trouvait suffisant l’état actuel du mouvement contre la loi Travail (et son monde). Comme si gueuler "blocage" haut et fort pouvait remplacer l’action réelle.

À 16h30, un mec a pris le mégaphone et nous a tapé un p’tit discours plein d’auto-satisfaction avec des arguments béton genre "on s’en va, faut garder des forces pour cette semaine qui sera décisive", relayant apparemment un sentiment collectif... Mais gros, on est là à s’activer depuis le 9 mars, on enchaîne les manifs déterminées et les blocages foireux, perso ça me faisait du bien de sentir que cette fois on faisait un blocage efficace (gros bisous à tou-te-s celles et ceux qui ont vécu l’échec de l’opération Joue-la-comme-Mayotte le 10 mai dernier). Tout le monde s’est cassé. Trois-quarts d’heure plus tard, les portes étaient toujours fermées, mais on (on = les quelques-un-e-s qui étions resté-e-s) n’a pas eu le coeur de rester plus longtemps pour savoir à quelle heure les activités commerciales allaient recommencer.
Alors garder des forces pour mardi, je ne sais pas trop ce que ça veut dire... Ce dimanche, c’est partir avant la fin qui m’a fait me sentir faible et simplement "symbolique" (et rester jusqu’à 19h30, ça va, ça nous laissait le temps de nous coucher à 21h pour être frais et dispos deux jours après...).
Je nous ai trouvé-e-s inconséquent-e-s, incapables de maintenir un moment de lutte qui ressemblait pourtant à un succès facile.

Et je le rappelle : pas un flic à l’horizon, pas la moindre menace directe de répression, walou.

Pour finir, quelques évidences : plus un blocage dure longtemps, plus il est efficace. D’où l’intérêt de rester au moins jusqu’à l’arrivée des keufs. Et éventuellement de s’organiser pour résister. Je vais pas vous faire un dessin. Ce dimanche on était à mille lieues de la détermination nécessaire pour ne serait-ce qu’ébranler un tout petit peu le pouvoir. On n’était pas vraiment en mode blocage économique, mais plutôt en mode promenade du dimanche...

Giorgio A.

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