« Contre le racisme, lutte de classes » : un tract nous parvient des années 80

Un tract diffusé en 1984 lors des manifestations à Montrouge après l’assassinat par la police d’un habitant de cette commune, à Paris.

L’hiver continue, la répression policière avec, et si la force subversive de l’émeute refait irruption au moins sporadiquement, le froid risque bien de se refermer sur elle aussitôt la flamme allumée, aidé par le vide d’horizon révolutionnaire. Tout n’est pas perdu pour autant, et pour contribuer aux débordements actuels, voilà qu’un tract des années 80 nous revient depuis le fond de la brochure où il avait été republié à l’époque.

Dans la nuit du 6 au 7 mai 1984, un habitant de Montrouge de 23 ans, Zouaoui Benelmabrouk, était assassiné par la police à Paris. Aprés une sérieuse dispute avec un autre automobiliste, et puisque ce dernier avait appelé les flics, la voiture que Z.B. conduisait était recherchée. Au moment de la tentative d’interpellation, les flics en civil ne portant pas de brassards et les passagers et le conducteur ayant tous bien bu, il est possible qu’ils aient pu croire à la poursuite de la bagarre avec l’automobiliste à qui ils avaient brisé le pare-brise. Ils ont démarré et trainé le flic qui cherchait à s’emparer des clés de contact de leur véhicule. Les flics ont tiré de nombreuses fois sur la voiture et alors qu’elle s’éloignait un policier a tiré une balle dans la tête du chauffeur, de dos. Ce n’est malheureusement pas la seule fois qu’en punition de la tentative de se soustraire au contrôle et à l’arrestation, la police tue.

Le tract qui suit, intitulé « Contre le racisme, lutte de classes », fut distribué lors des manifestations qui eurent lieu à Montrouge par la suite, et s’inscrit résolument dans le refus de la gestion capitaliste et de la pacification.

Pour voir ce tract en fac-similé, se rendre au bas de la page de la rubrique Présents du site des Archives Getaway.

CONTRE LE RACISME, LUTTE DE CLASSES.

Au moment où l’État colle au mur la première génération d’immigrés (Talbot, Citroën, expulsions...) et traque la seconde dans les rues de la métropole, les sponsors du misérabilisme pro-immigrés refont surface. Quoi de plus normal : ils ont besoin de renifler la misère pour survivre en tant qu’associations, partis groupuscules etc.

Ils disent : "Un tel est mort assassiné par les flics, c’est d’autant plus dégueulasse qu’il n’était pas un voyou, qu’il avait du travail, une femme, une voiture, un mec bien quoi.."

ASSEZ D’HYPOCRISIE.

Les flics tirent, parce que notre comportement, notre manière de vivre, de sortir, de refuser l’ennui, dérange le couvre-feu instauré dans les quartiers ; parce qu’il n’y a pas 56 solutions pour échapper aux 40 heures par semaine, soumis aux lois du marché du travail, à l’esclavage qui est la situation que l’on nous réserve dans cette société.
Ceux qui n’ont pas compris que le vol et la délinquance sont l’unique manière de survivre ici pour la jeunesse, ou plutôt l’unique choix, à part l’usine, ceux-là forment déjà autour de nous la nouvelle police ; celle qui crie " non a la provocation " quand les flics rentrent dans la manif pour y retirer la seule banderole qui les incriminait (cf manif de Montrouge). Provoquer ou ne pas provoquer, surtout ne rien faire ou seulement réclamer justice à la justice qui légalise les crime, à celle qui distribue la peine de mort d’ennui, allongeant des dizaines de mois de taule aux déviants que nous sommes.

QUEL RACISME ?

Jeunes français ou immigrés, est-ce qu’une balle de 357 fait la différence de Gennevilliers à Montrouge, des H.L.M. pourris aux cités de transit, tous dans la merde.
Devant la caisse du supermarché, quelle différence y a t-il quand on n’a pas un rond ?
Ils font du racisme une histoire de couleur de peau, d’individus contre d’autres individus, vidée de tout contenu, comme si on traitait de la même façon un beur bourge qu’un beur prol, comme si un bourge français et un prolo français avaient les même droits, comme si le droit de vote légitimait en soi l’existence de classes sociales. " Ce n’est pas le fait d’élire librement ses maîtres qui supprime la notion de maître et d’esclave ".

Même droits, quels droits ?.
Le droit de se faire enculer comme les sidérurgistes dans l’Est aujourd’hui, le droit, la justice, la légalité, les capitalistes en font ce qu’ils veulent quand ils "le veulent, et pour l’instant nous ne pesons que le poids de nos larmes. Nous sommes valeurs, marchandises quels droits va t-on nous donner ? Ceux qui nous feront accepter cette vie en nous donnant l’impression d’y participer ou d’en tirer un quelconque bénéfice.

QUEL INTERET Y A T’IL EU A LA MARCHE POUR L’EGALITE ?.

Sait-on seulement que cette marche est née du désir de l’Etat de pacifier les Minguettes en donnant quelques responsabilités précises aux jeunes qui paraissaient les plus agissant sur le terrain.
Sait-on seulement que, comme dans d’autres endroits, il a fallu que l’Etat investisse, par le biais des travailleurs sociaux et des associations qu’il contrôle, pour enrayer les révoltes légitimes du ghetto Lyonnais, pour enterrer les luttes qui commençaient (occupation des maisons vides, auto-réduction des supermarchés...) et proposer cette marche pour se donner un gage de bonne conduite. A titre d’exemple, la marche fut reçue a Colombes et Nanterre par des municipalités qui refusaient un quelconque dialogue avec les jeunes des cités sur leurs problèmes.

L’ÉTAT ASSASSINE.

Les assassinats sont présentés comme des bavures commises par de mauvais flic.", alors que nous savons que c’est la logique même de l’État, en défendant l’ordre bourgeois, de faire régner la terreur sur les prolétaires et de manière spécifique sur les immigrés (voir la déclaration de Deferre) dans " Les "temps moderne " qui assimile l’immigration aux fous d’Allah.

QUELLES RÉACTION ?

Ils essaieront d’entraîner les réactions dans des marche silencieuses feront signer des pétitions, voter aux Élections, et rien ne changera, parce que de toute manière, nous ne voulons pas vivre comme eux, ni nous intégrer comme le propose la mère Dufoix.

  • Briser nos ghetto, détruire les cités, les foyers, frapper la bourgeoisie, l’État et tous ses gestionnaires, les communes, revendiquer nos actions, organiser le sabotage de l’économie ( vol, squatts, auto-réduction...)
  • Réfléchir et se battre a partir de nos propres forces, pour arrêter le massacre des jeunes, répliquer à la terreur des flics, coup par coup et à chaque meurtre suivant notre degré d’organisation.
  • Occuper des lieux sur les quartiers.
  • Lutter contre l’expansion de la poudre, qui détruit toutes les tentatives de regroupement en introduisant un rapport de dépendance physique et économique qui ne fait que reproduire l’ordre social existant.
  • Se lier avec d’autres réalités, d’autres endroits où les gens luttent pour changer radicalement la vie et faire payer cher cette vie sans joie qu’ils ont organisé pour nous.

VIVE LA VIE
MORT A L’ÉTAT.

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