Boulogne-Billancourt : 1 mort dans l’incendie volontaire du foyer de travailleurs migrants

Les résidents du foyer Coallia de Boulogne-Billancourt étaient en grève et dénonçaient la précarité, le délabrement et l’insécurité organisés par leur gestionnaire et les autorités. Un aspect volontairement ignoré de la part des médias, tout comme celui de la libération des paroles et des actes racistes - qui rappelle que les foyers de travailleurs migrants ont été la cible d’attentats d’extrême-droite au milieu des années 80.

Un incendie volontaire (des traces de combustibles et "d’accélérateurs de feu" ont été découverts) a ravagé le foyer Coallia de travailleurs migrants de Boulogne-Billancourt au milieu de la nuit du 15 au 16 décembre [1].

Un résident est mort. Quatorze autres sont blessés dont au moins un très gravement.

Si les responsables de cet incendie meurtrier ne sont pas connus, le déferlement de propos, d’actes et de politiques racistes décomplexées ne sont certainement pas étrangères à cet incendie, tout comme la répression et la précarité imposée dont sont victimes les résidents de ce foyer.

On peut néanmoins noter que les foyers d’immigrés sont des cibles traditionnelles de l’extrême-droite. Plusieurs attentats ont déjà ciblé ces foyers de travailleurs. En 1986 à Toulon, des bombes sont placées devant un foyer et des lieux fréquentés par les travailleurs immigrés [2], puis en 1988 où une vague de plastiquages a lieu dans les environs de Nice [3]. En 2004 à Ajaccio, une tentative d’attentat avait également été relevée.

Depuis plusieurs mois les résidents subissent l’acharnement de Coallia, le gestionnaire des lieux, qui a envoyé la police fermer la cuisine collective et a trainé les cuisinières devant les tribunaux.

Les résidents s’étaient mobilisés depuis cet été et avaient lancé une grève des loyers. Ils soulignaient également l’état de délabrement du bâtiment :

Les revendications des résidents de Coallia à Boulogne sont multiples. En outre "de la réouverture de la cuisine" que Bakary Cissoko place en première place, "le remplacement du gérant M. Gadouche qui ne comprend rien, a un comportement agressif, hostile, la réparation de l’ascenseur pour faciliter l’accès au étages des personnes âgées et en situation de handicap, le changement des placards qui n’ont pas été changés depuis 20 ans, en plus il y a des cafards, des souris, il n’y a pas de machines à laver, même s’il y a une laverie à côté. Les travaux provoquent l’entrée de poussières dans les chambres. Il faut sécuriser l’accès aux bâtiments. Un vigile est une idée ou alors une porte avec des badges. Tout le monde peut rentrer. Parfois des SDF entrent. La porte d’entrée en sous-sol de la cuisine collective fermée est devenue le lieu de rendez-vous de consommateurs de drogues".

Une partie de la presse titre "Incendie dans un centre de migrants". En niant la réalité de ces travailleurs arrivés en France depuis des années ou des dizaines d’années et subissant l’exploitation la plus féroce sur le marché du travail, ils surfent sur les clichés racistes qu’ils ont eux-mêmes créés à propos de l’arrivée récente de nombreux demandeurs d’asile et le traitement des camps de Calais ou du nord de Paris.

Notes

[2« En mai 1986, quatre bombes éclatent à Marseille et Toulon contre des bâtiments fréquentés par des travailleurs immigrés à savoir un bar, une boucherie, un hôtel et un foyer. Bien que rappelant les méthodes du SAC, ces attentats sont alors revendiqués par le « Commando de France contre l’invasion maghrébine ». »
http://solidarite.samizdat.net/IMG/pdf/franc-tireur_n2.pdf

[3« Bien décidés à tenter une stratégie de déstabilisation des relations intercommunautaires, les dirigeants du PNFE (Parti Nationaliste Français & Européen) décident en effet en 1988 de se lancer dans une série d’attentats dans le sud de la France. Atypiques dans leur origine, ces actions n’en sont pas moins meurtrières ; commises à Cannes et à Cagnes-sur-Mer contre des foyers Sonacotra, elles provoquent la mort d’un travailleur immigré ainsi que plus d’une dizaine de blessés. L’enquête s’oriente assez rapidement vers le PNFE, scission du FN, et vers ses dirigeants. Ceux-ci sont alors Claude Cornilleau, Francis Allouchery et Serge Lecanu. Inspecteur principal de police, S. Lecanu est également à l’époque secrétaire général de la FPIP, fédération syndicale policière très proche du FN. »
http://solidarite.samizdat.net/IMG/pdf/franc-tireur_n2.pdf

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