Bernard Friot et le salaire socialisé

Texte écrit par des militantEs libertaires de Montpellier. Les auteurEs reprennent l’analyse faite lors du débat "De quoi le citoyennisme est-il le nom ?". Illes se sont fixéEs comme but de mener une critique du salaire socialisé d’un point de vue anarcho-communiste. Il s’agit de savoir s’il faut "socialiser le salariat ou l’abolir."

Bernard Friot est un économiste et sociologue, enseignant à Paris X Nanterre, proche du Front de Gauche.

Nous allons parler ici de la théorie de Friot du Salaire Socialisé. Tout commence bien : il fait une critique du discours patronal sur les retraites. Il explique que la hausse de la durée de travail et du départ à la retraite n’est pas inéluctable, ce avec quoi on ne peut qu’être d’accord… Ensuite, il explique que les cotisations sociales font partie intégrante du salaire, ce qui est son point de départ.

Salaire indirect ou salaire socialisé ?

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Ces cotisations payent l’assurance maladie, le chômage, et les retraites. Quand l’État ou le patronat réduisent le montant de ces allocations, de ces prestations ou augmentent la durée de cotisation, ils réduisent le salaire indirect ou salaire différé.

Là où on sera moins d’accord avec Friot est que celui-ci va parler de salaire « socialisé » pour qualifier ce système de cotisation. Socialisé voudrait dire que ce salaire appartient à tous les salariés, et que tous décident démocratiquement de la manière dont il faut s’en servir.

Or, c’est loin d’être le cas. Le chômage, l’assurance maladie et surtout les retraites fonctionnent comme des caisses d’assurances. Une certaine cotisation (en trimestres, en heures de travail) ouvre droit à une indemnisation plus tard. Ces gigantesques caisses d’assurances sont gérées par l’État, les patrons et les syndicats représentatifs (qui n’ont qu’un tiers des voix), et si les partenaires ne tombent pas d’accord, c’est une loi qui tranche.

Ce mode de gestion est très loin d’être socialisé, mais plutôt étatisé.

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Socialiser le salariat ou l’abolir ?

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Friot appelle sa proposition « le passage de la convention capitaliste à la convention salariale », car pour lui, le capitalisme est une convention sociale, pas un mode de production. Cette formule est un peu difficile à traiter sérieusement parce qu’elle semble vouloir dire que le capitalisme, c’est comme le système métrique : quelque chose qui a été institué à un moment donné, et qu’on peut rectifier pour le rendre plus efficace, par le biais de décrets.

Pour citer un extrait de son livre L’enjeu du salaire.

« Toutes les institutions sont des conventions, car elles sont le fruit de rapports sociaux ; ce sont des constructions sociales en permanence travaillées pragmatiquement par ces rapports, et qu’une action collective peut faire évoluer dans un sens délibéré politiquement. »

C’est peut-être ici que l’on peut comprendre un des problèmes centraux du raisonnement de Friot : le capitalisme n’est pas une convention. C’est un mode de production. La valeur possède une existence réelle, bien que nous sommes d’accord pour dire qu’elle n’a rien de naturelle. Certes, elle est issue d’un développement social et historique, mais c’est la base du système capitaliste : pour la supprimer, il faut en finir radicalement avec ce système.

Partie écrite à partir d’articles de Tantquil.net, écrits par Rataxes et Oulianov

Repris du site Le Pressoir

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