Appel du Collectif de réflexion et d’action contre l’état d’urgence de l’Université Paris 8

Depuis la déclaration de l’état d’urgence il y a deux ans, nous assistons à une continuelle exacerbation des violences policières. Premier acte : la répression brutale des manifestations contre la « loi travail » qui ont marqué dans leur chair celles et ceux qui ont fait l’expérience de l’arbitraire et ne sont pas prêt.e.s de l’oublier. (...)

Depuis la déclaration de l’état d’urgence il y a deux ans, nous assistons à une continuelle exacerbation des violences policières. Premier acte : la répression brutale des manifestations contre la « loi travail » qui ont marqué dans leur chair celles et ceux qui ont fait l’expérience de l’arbitraire et ne sont pas prêt.e.s de l’oublier. Les arrestations ciblées, comme celle du 30 mai dernier à Rennes, n’ont pas tardé à montrer la réponse réactive du gouvernement à l’égard de toute forme d’engagement politique jugée radicale, son désir de briser les résistances. Ces violences ne pouvaient indéfiniment se poursuivre sans l’entrée en scène d’une parodie de justice qui ne s’embarrasse plus de prouver la responsabilité de ceux qu’elle punit à de lourdes peines de prisons ; le procès dit du Quai de Valmy vient d’en témoigner avec éloquence. Cette funeste alliance démontre, si cela était encore nécessaire, que ce qui est déclaré servir la protection des citoyens contre le terrorisme n’est rien d’autre qu’un instrument mis en œuvre par l’État pour normaliser les vies et paralyser préventivement toute contestation. Les opérations brutales de police et les violences administratives dont les banlieues semblaient il y a peu encore avoir l’exclusivité, sans que beaucoup s’en émeuvent du reste, touchent désormais tous celles et ceux qui échappent à la norme implicite : classes populaires, migrants, manifestants, SDF, « fous », etc. en font quotidiennement les frais.

À cette liste non exhaustive, faut-il désormais adjoindre les acteurs du monde universitaire ? Comme s’il ne suffisait plus de réprimer par la force et le « droit », mais qu’il fallait aussi étouffer dans l’œuf tout discours potentiellement critique de cette répression elle-même. Les événements se multiplient qui ne laissent plus subsister aucun doute sur l’usage que l’actuel gouvernement entend faire de la pérennisation de l’état d’urgence : bâillonnement de la libre expression des universitaires, verrouillage de la circulation des idées dans l’espace public, censure de débats présumés « troubler l’ordre public ». Qu’il suffise ici de citer, dans une inquiétante série qui remonte à tout début 2016, les derniers cas en date, à savoir la procédure de subordination de la parole publique des enseignants-chercheurs de l’Université de Strasbourg, soumise au bon plaisir de l’administration centrale et de la présidence, et les menaces politiques à l’encontre d’un colloque sur l’islamophobie à Lyon II, suivies de sa pure et simple annulation sous la pression de l’extrême-droite.

Tout ceci s’inscrit parfaitement dans ce dispositif répressif qui se met en place et dont la transposition dans le droit commun des règles inscrites dans l’état d’urgence est bien plus qu’un symptôme. Pour tous ceux qui, dans la suite de l’État colonial, n’ont cessé d’être les cibles de cette répression, le partage du judiciaire et du policier paraît certes n’être guère plus qu’une fiction destinée à enrichir les scénarios des séries télévisées. Il n’en demeure pas moins que le message délivré par le gouvernement à cette occasion est des plus dangereux. D’une part, il dit à tous ceux qui portent un uniforme que l’excès permanent avec lequel ils exercent leur fonction répressive est désormais un fait de droit. Quelles que soient les restrictions qui seront ici ou là pointées, c’est un droit à l’excès qui leur est à tous accordé à l’encontre des classes dangereuses. D’autre part, cette transformation du droit commun a pour vocation de montrer qu’en ce chapitre le gouvernement dispose du consentement de la très grande majorité des dits citoyennes et citoyens. Un tel consentement n’est jamais innocent. Il n’est pas un fait, mais se constitue comme dynamique qui, sans réaction de notre part, se traduira fatalement par de nouvelles formes de pogroms et de ratonnades.
En réponse à ce scénario intolérable, Nous, étudiant.e.s, enseignant.e.s et militant.e.s du Collectif de réflexion et d’action contre l’état d’urgence de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis appelons donc toutes celles et tous ceux qui sont alerté.e.s par le renforcement d’un appareil juridico-policier qui semble ne plus se donner de limites que pour mieux les transgresser, à multiplier les lieux de réflexion et de contestation de l’état d’urgence et/ou à nous rejoindre à Paris 8 pour discuter et organiser une riposte qui ne peut être que collective. La tétanie récalcitrante à laquelle nous condamne une réponse individuelle est impuissante à endiguer une telle charge contre l’ensemble de la société, dont l’université n’est qu’une partie. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de l’analyse et de la condamnation de ces (mé)faits, mais devons prolonger celles-ci par des gestes concrets qui tentent d’être à la hauteur de la situation. Rendez-vous est déjà pris le 8 novembre à Paris 8 à 17h (salle A028). Au départ ponctuelles, ces premières rencontres viseront à préparer la tenue en 2018 d’un séminaire hebdomadaire tout en expérimentant d’autres modalités de critique et d’intervention.

Saint-Denis, le 16 octobre 2017

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