Allez les fainéants, les cyniques et les extrêmes, cette fois c’est la bonne !

On est fainéants, cyniques et extrêmes, comme le dit Macron, mais on a la rage.

Ça fait quelques années qu’en France, les luttes s’intensifient, ça fait quelques années qu’une rage monte, ça fait des années que le train de la régression sociale et des attaques contre nos libertés individuelles et collectives a accéléré.
On a eu Sarkozy, le statut des roms, le recul de l’âge de la retraite, les attaques contre le droit de grève, l’autonomie des universités et bien d’autres choses. On a eu Hollande, la loi travail, les lois Macron, la loi renseignement, l’état d’urgence permanent, les polémiques à la con sur le burkini, la déchéance de nationalité et le voile à l’université, les réformes de la sécurité sociale et d’autres trucs dans le genre. Maintenant on a Macron et il semble que la guerre sociale soit en train de s’accélérer avec l’entrée de l’état d’urgence dans le droit commun, la baisse des APL, la baisse de budgets pour l’éducation nationale, les universités et la recherche, l’autonomie encore plus poussée des facs, la sélection à l’entrée et l’augmentation des droits d’inscription, la suppression de milliers de contrats aidés, les baisses d’impôts pour les riches, les baisses de charge sur les plus petits salaires, véritable incitation pour les patrons de payer leurs salariés au SMIC et façon de préparer d’ores et déjà un démantèlement progressif de la sécurité sociale au profit des mutuelles privées.

Notre réaction n’est pas à la hauteur de la violence des attaques en question

Cette guerre sociale que nous mènent les gouvernements successifs depuis des années ne peut se faire que car on leur en laisse la possibilité, elle ne peut se faire que car notre réaction n’est pas à la hauteur de la violence des attaques en question.
Les mouvements sociaux de plus ou moins grande ampleur s’enchaînent, on a eu les retraites en 2010, la loi travail en 2016 et pourtant ces deux réformes sont passées, malgré la détermination des personnes mobilisées. La dernière fois que la rue a fait plier un gouvernement, c’était en 2006 avec le CPE, et à l’époque, on était des millions à manifester, une bonne partie des lycées de France étaient bloqués, les facs étaient occupées et il y avait des grèves massives.

Si depuis 2006 les moyens répressifs utilisés pour casser les mouvements sociaux se sont largement développés, il ne s’agit pour autant pas de la seule raison pour laquelle les derniers mouvements ont échoué à faire plier les gouvernements.

Contre la loi travail, on a eu un mouvement social de quatre mois qui a duré de début mars à début juillet, si on ne compte pas la journée du 15 Septembre qui a marqué la fin du mouvement. En quatre mois, il y a eu environ une douzaine de journées de grève interprofessionnelles dont les dates étaient systématiquement décidées d’en haut, par l’intersyndicale nationale. Bien-sûr, il y a aussi eu des manifs en dehors de ces journées de grève, mais elles étaient bien moins massives. On a donc eu une journée de grève par semaine, parfois une toutes les deux semaines pendant quatre mois. Pas de quoi perturber l’économie outre mesure, pas de quoi faire plier le gouvernement qui savait que ça allait s’arrêter un jour ou l’autre. Pourtant, exactement le même nombre de jours de grève mais d’affilé aurait sans doute été beaucoup plus efficace et aurait eu un impact beaucoup plus fort sur l’économie, ce qui aurait instauré un réel rapport de force entre la rue et le pouvoir. Mais sans doute les directions syndicales bureaucratiques ne voulaient pas de ce rapport de force qui, pourtant, était souhaité par grand nombre de manifestants et de grévistes. Voilà, selon l’auteur de ce texte, quelques unes des raisons pour lesquelles le mouvement social du printemps 2016 n’a pas abouti à un retrait de la loi travail.

Si ce mouvement social n’a pas suffi à faire renoncer le gouvernement Valls à son projet anti-social, il aura au moins eu le mérite de nous enseigner un certain nombre d’éléments, surtout à toutes celles et ceux pour qui c’était réellement le premier mouvement social d’ampleur. Ainsi, nous savons désormais que les directions syndicales ne sont pas nos alliés, nous savons que leur rôle n’est pas de permettre la mise en place d’un vaste mouvement social contre un projet de loi ou un gouvernement mais de faire parler d’elles, de montrer qu’elles sont mobilisées, sans pourtant l’être totalement. Nous savons désormais qu’un gouvernement comme celui de Hollande et Valls et très probablement comme celui de Macron et Philippe est prêt à tout pour faire taire la contestation, nous savons que les flics sont utilisés comme des casseurs de grève, comme des casseurs de mobilisation et que leur violence peut dépasser tout entendement, en témoigne les milliers de blessés du mouvement contre la loi travail.

Cette fois, on a la rage.

Nous savons que les médias bourgeois et opportunistes ne perdront pas une occasion de faire une mauvaise pub à tout mouvement de contestation, tout en présentant les projets destructeurs de nos droits sociaux comme des avancées. Ce mouvement aura aussi eu le mérite de montrer que si les directions syndicales sont composées d’opportunistes comparables à des politiciens, les bases militantes, elles, sont plus que jamais déterminées à combattre tous les projets de régression sociale, comme l’ont prouvé les nombreux militants Force Ouvrière ayant d’ores et déjà annoncé vouloir prendre part au mouvement social qui vient, malgré la décision de leur direction de ne pas appeler à manifester.

Cette fois, on a la rage. On a la rage contre les destructions sociales passées, présentes et à venir. On a la rage contre des dirigeants de plus en plus arrogants, qui se permettent de parler de « gens qui ne sont rien » qui traitent les gens du Nord d’illettrés et d’alcooliques, qui considèrent toutes celles et ceux qui luttent comme des « fainéants, des cyniques et des extrêmes ». On a la rage contre les violences policières qui s’intensifient jour après jour. On a la rage contre les riches qui bénéficient encore et toujours des politiques anti-sociales, on a la rage car les inégalités augmentent et avec elles le nombre de travailleurs pauvre. On a la rage car nombre d’entre nous sommes précaires, chômeurs, ubérisés. On a la rage car 25% des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté mais que le gouvernement préfère leur baisser les APL plutôt que d’essayer d’améliorer leur situation.
On a la rage car Théo a été violé, Adama, Liu Shaoyo et des dizaines d’autres assassinés.
On a la rage pour plein d’autres raisons encore qu’il serait trop long d’énumérer.

Pour que cette fois, cette rage nous permette d’aller au bout

Alors on fait quoi de cette rage ? On la canalise et on attend ? On renonce à descendre dans la rue et à l’exprimer car les dernières fois ça n’a pas suffi à gagner ?
Ou on s’organise pour que cette fois, cette rage nous permette d’aller au bout, de faire renoncer le gouvernement à toutes ses mesures anti-sociales, et pourquoi pas le faire tomber ? Certains sont d’ores et déjà résignés, d’autres préfèrent s’organiser. Certains pensent qu’aller en manif ne vaut pas la peine de rater quelques journées de boulot ou de cours, d’autres pensent que se battre maintenant est primordial si on veut pas perdre petit à petit tous nos droits et nos acquis sociaux.

Cette fois on peut le faire, cette fois on peut s’organiser entre nous, sans attendre que les directions syndicales nous imposent des dates de manif. Cette fois on peut se mettre en grève et aller en manif sans attendre que Martinez nous ait dit de le faire. Cette fois on peut mieux s’organiser au sein de nos lycées, de nos facs, de nos entreprises, de nos quartiers, cette fois après une journée de manif et de grève, on peut ne pas attendre la semaine suivante pour recommencer mais refaire grève et retourner en manif le lendemain, car on a encore plus la rage que l’an dernier.

Car d’après Macron on est des fainéants, des cyniques et des extrêmes, il est temps de lui montrer que si on est tout ça à la fois, on est aussi capable de nous mobiliser massivement et de nous organiser.

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