À ceux.elle.s qui pensent que l’antifascisme nourrit le fascisme.

Si l’antifascisme peut être analysé comme une réaction au fascisme, la conception selon laquelle il nourrirait le fascisme est totalement trompeuse. Un militant du S.I.A.M.O (Sorbonne Intervention Antifasciste Militante Organisée), collectif créé cette semaine, vient remettre en cause cette vision.

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Lors de la création d’un groupe antifasciste censé être militant, organisé, de quartier, et qui plus est, étudiant, les réactions sont multiples.
Certains se contentent de hocher la tête avec mépris, et de continuer leur route pavée de bonnes intentions.
D’autres viennent clairement exprimer leur aigreur. Parmi ces derniers, il en est des plus sournois. Ceux-ci, aux visages souvent sympathiques, sont censés être dans « notre camp » du moins c’est ce qu’ils disent. Ils le soulignent même, avec ce froncement de sourcil si sincère, car oui ils sont « d’accord » avec cette lutte. Pourtant (oui il y en a toujours – malheur), toute cette débauche de sincérité se met au profit de considérations profondément scandaleuses.

Car si ces individus viennent énoncer leur soutien, ils énoncent une critique dissimulée, puissante car prégnante dans l’imaginaire collectif. Comme une lame froide vient agresser le dos par surprise, ils expriment ce qui pour eux semble être un des problèmes fondamentaux : l’antifasciste n’aurait de vocation à être que si le fascisme est, pire, l’antifascisme nourrirait le fascisme.

L’antifascisme est une lutte étrangement vieille.
À chaque fois qu’elle semble vaincre et annihiler l’adversaire sous le poids de sa botte, elle défaillit, se calme et laisse le vaincu se reconstruire. Tout cela n’est qu’image. Mais c’est aussi un constat : la lutte antifasciste est une lutte essentiellement de réaction. Que cela soit culturellement, politiquement, socialement, l’antifascisme vient réparer les dégâts du fascisme et affronter ses éléments les plus sauvages. Sans le fascisme : pas d’antifascisme donc. Posons cela. Nous y reviendrons.
Ce qu’il semble nécessaire de souligner dès lors est que « l’antifa » dans sa caricature la plus banale serait un individu qui se réalise à travers sa lutte. Il se définit « antifa ». Il vit « antifa ». Il mange « antifa » etc…
Voilà la réalité du problème : les représentations sont si perverses qu’elles ont calqué le combat antifasciste sur celui qui le mène. En partant de là, on pourra aisément comprendre que le stéréotype de l’antifa abruti, viriliste, en manque de sensations aura vocation à ce que la lutte fasciste existe !
Eh oui, sans elle, il ne serait rien, condamné à devoir réfléchir et projeter sur ce (triste) monde une vision et des envies. Alors que là, mazette ! Il a un ennemi parfait, si méchant, si effrayant que lui, devient un héros parmi les siens. Et, du fond de sa chambre d’adolescent tandis que les basses de ses enceintes poussent en même temps que ses boutons d’acné, il se sent vibrer…

Trêve d’ironie, vous voyez bien où l’on essaye de vous mener.
Les personnes soulevant cette idée-là du combat antifasciste, qui, par essence, est un combat parmi d’autres pour ceux qui s’en réclament, sont des traîtres de lutte.
Des personnes insinuant que l’antifascisme n’a pas vocation fondamentale à détruire purement et simplement l’idée fasciste, ses structures partisanes et idéologiques comme ses comportements (domination, patriarcat, sexisme), servent des intérêts faciles à déterminer.
Pour autant, nous n’irons pas crier au « facho » comme tant de gens trop prompts à l’insulte aiment le faire. Oui, il est certain que cette idée est nocive et profondément malhonnête. Car qui se penche sur le combat antifasciste doit comprendre que son unité est difficile à apercevoir, tant l’antifascisme est appréhendé par de multiples personnes, ces dernières provenant toutes d’horizons variés.
De plus, ses modalités d’actions (de la vigilance à l’information) permettent de souligner cette temporalité au fondement de l’antifascisme.
L’antifascisme est une réaction. C’est un combat qui est envisagé comme temporaire, en ce sens que bien que déterminé par un objectif, il se doit d’être omniprésent et intangible à l’égard de son ennemi. Il ne nourrit rien dans le fascisme car il tente de le déconstruire. Et quand il vient asséner des coups à ses adversaires, c’est que la situation est critique.

Alors, à celui qui dira d’un ton docte que le combat antifasciste n’a pas lieu d’être, qu’il est vain ou bien qu’il sert le fascisme, nous répondrons que ses mots (maux) ne sont que futilités et incapacité au réalisme.
La réalité est que nous vivons dans un pays où des miliciens policiers armés et cagoulés défilent vers les (soit disant) lieux de pouvoirs (« le pouvoir est logistique, bloquons tout ! »), ces derniers qui portent aux nues un parti aux allures démocratiques et aux discours plus que xénophobes, dont les soutiens sont les plus sordides chantres du fascisme d’hier et d’aujourd’hui.
Tandis que les migrants se font agresser, que les centres pour Sans Domiciles Fixes sont incendiés, que l’islamophobie est un sujet médiatique porteur, que le sexisme est appris comme une doctrine politique, toi, contradicteur.se croyant « faire de l’esprit », tu attaques ceux qui luttent et qui sont conscient.s des obstacles.

Au lieu d’essayer de vous cacher les yeux sur cette incapacité à réagir, rejoignez la lutte, rejoignez le S.I.A.M.O (Sorbonne Intervention Antifasciste Militante Organisée).

Un militant du S.I.A.M.O.

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